Quand Mehdi Nemmouche réclamait des textes religieux alors qu'il était en prison

INFO 20 MINUTES Dans un courrier adressé en 2011 à l’association Sanâbil qui vient en aide aux détenus musulmans, l’auteur présumé de la tuerie de Bruxelles (Belgique) réclamait des textes religieux…

Vincent Vantighem avec Olivier Aballain et Mickaël Libert

— 

Une image rendue publique le 1er juin 2014 de Mehdi Nemmouche, soupçonné d'être l'auteur de la tuerie du musée juif de Bruxelles
Une image rendue publique le 1er juin 2014 de Mehdi Nemmouche, soupçonné d'être l'auteur de la tuerie du musée juif de Bruxelles — AFP

Certaines phrases sont en arabe. Le reste en français. L’écriture, bien calquée sur les lignes du papier, se veut soignée. Dans un courrier adressé en 2011 à l’association Sanâbil -qui aide les détenus musulmans- Mehdi Nemmouche, réclamait plusieurs textes religieux, alors qu’il se trouvait en détention.

A l’époque, l’auteur présumé de la tuerie de Bruxelles (Belgique) était en effet incarcéré à Grasse (Alpes-Maritimes) après avoir été condamné pour un braquage de supermarché. Dans ce courrier, il explique justement que c’est l’un de ses codétenus qui lui a appris l’existence de l’association Sanâbil (lire l’encadré).

>> Portrait: Qui est Mehdi Nemmouche, le tueur présumé de Bruxelles?

«Il nous a envoyé deux courriers, confirme à 20 Minutes le président de l’association. Le premier était pour avoir des informations sur notre association. Le second pour obtenir des textes religieux qu’il ne trouvait pas en détention.» D’après le président de l’association, c’est bien Mehdi Nemmouche qui est l’auteur de ces deux courriers. «A moins que ce ne soit un codétenu qui lui a fait une blague en prenant son nom. Mais cela semblerait bizarre…»

Il ne «souhaite pas de parloir»

Expliquant qu’il n’est pas «intéressé par [le] soutien financier» que propose l’association aux détenus, il indique qu’il aimerait bien en revanche «recevoir quelques feuillets concernant certains sujets religieux qui sont facilement trouvables sur Internet.»

«Car durant ma détention, j’ai beaucoup de difficultés à me procurer les lectures religieuses que je désire», confie-t-il dans ce courrier de trois pages daté du 6 septembre 2011.

>> Décryptage: Les prisons sont-elles un foyer de l’islam radical?

En effet, le détenu raconte qu’il n’a pas «de parloir pour faire rentrer les lectures [qu’il] souhaite» et d’ailleurs qu’il «ne souhaite pas avoir de parloir».

Interrogée dimanche soir, la tante de Mehdi Nemmouche avait expliqué que son neveu ne voulait pas recevoir de visites familiales en détention.

Le niqab, la barbe et les mécréances

Au milieu du courrier, Mehdi Nemmouche dresse donc une liste de quatre sujets sur lesquels il souhaite recevoir des textes. Figure notamment «les preuves de l’obligation du Niqab et du Hijab (et les divergences à ce sujet)» Le Niqab est le voile islamique qui ne laisse apparaître que les yeux des femmes qui le portent.

Le détenu souhaite aussi obtenir les textes religieux afin de savoir comment se couper la barbe. «Les hadith (lois) concernant la sunna (règle immuable) de couper ce qui dépasse des quatre doigts au niveau de la barbe», réclame-t-il en effet.

Il aimerait encore lire le texte intitulé Al Wala Al Bara (L’alliance et le désaveu). Dans la tradition musulmane, ce texte rassemble les préceptes qu’il faut suivre pour plaire à Dieu et ceux dont il faut s’éloigner pour éviter justement de déplaire à Dieu et son prophète.

Enfin, Mehdi Nemmouche explique qu’il voudrait se procurer des «feuillets» concernant le Kufr Duna Kufr. Un texte qui permet de discerner les «mécréances mineures» des «mécréances majeures» dans la tradition musulmane.

«Si Allah le permet»

Expliquant à la fin de son courrier que la prison «n’autorise pas la réception de livres», il conseille à l’association Sanâbil de lui envoyer des «photocopies et des feuilles imprimées dans un enveloppe format A4 (21X29,7).»

Adressant son «respect» à l’association, Mehdi Nemmouche conclut en disant qu’il «passera rendre visite» à ses membres après sa libération «si Allah le permet».

«Nous n’avions plus entendu parler de lui jusqu’à ce que j’allume ma télévision dimanche», conclut le président de l’association.

L’association Sanâbil

Le projet Sanâbil a vu le jour en 2007. A l’époque, plusieurs femmes avaient lancé un appel à l’aide après s’être retrouvées en difficultés financières suite à l’incarcération de leurs époux. Fondée sur ce principe, l’association fournit un soutien familial, financier et spirituel aux détenus musulmans.