VIDEO. Tuerie du Musée juif de Bruxelles: Les zones d’ombre autour du tireur présumé

TERRORISME Après l’arrestation de Mehdi Nemmouche à Marseille, suspecté d’avoir tué quatre personnes au Musée juif de Bruxelles, les enquêteurs se penchent sur son séjour en Syrie et ses possibles complices…

Anissa Boumediene

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François Molins, procureur de Paris
François Molins, procureur de Paris — THOMAS SAMSON / AFP

Comment s’est-il s’est radicalisé?

Multirécidiviste, Mehdi Nemmouche est condamné à cinq reprises à des peines d’emprisonnement. C’est au cours de sa dernière condamnation, qui lui vaut un séjour de cinq ans derrière les barreaux, qu’il s’est radicalisé, indique François Molins, le procureur de la République de Paris. Prosélyte, Nemmouche fait des appels à la prière lors de la promenade. Une radicalisation dont les enquêteurs n’ont pas encore déterminé la source.

A sa libération, tout se précipite: trois semaines après sa sortie de prison, il part en Syrie combattre dans les rangs de l’organisation terroriste Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL). Londres, Beyrouth, Istanbul puis la Syrie, c’est grâce aux visas figurants sur son passeport que les enquêteurs retracent son parcours. Mais le retour est plus nébuleux, et marque une volonté de «brouiller les pistes», assure le procureur. Il passe par la Malaisie, Singapour et Bangkok, avant de revenir en Europe en mars dernier. A son arrivée à Francfort, il est signalé par la police allemande à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), qui le fiche. Le suspect serait alors directement allé en Belgique.

A-t-il des complices en Europe?

Muet face aux enquêteurs depuis son placement en garde à vue ce vendredi, Medhi Nemmouche invoque son droit au silence et refuse de communiquer. Selon le procureur de Paris et le procureur fédéral de Belgique, Frédéric Van Leeuw, le suspect n’a évoqué aucune tierce personne, confirmant le profil dressé par les enquêteurs, qui dépeint un homme sans domicile fixe depuis plusieurs années vivant du vol de voitures. Mais dans une vidéo retrouvée dans son appareil photo, Nemmouche revendique la fusillade. Dans le document, pas de visage, mais «une voix off qui ressemble à celle du suspect», a déclaré François Molins. Le film, d’une quarantaine de secondes, montre l’armement avec lequel il a été arrêté, «des armes similaires à celles utilisées lors de la fusillade». Comment s’est-il procuré son armement, où et par qui a-t-il été hébergé? De nombreux éléments doivent encore être élucidés.

Où comptait-il aller?

Mehdi Nemmouche a été arrêté à Marseille à bord d’un autocar en provenance d’Amsterdam via Bruxelles. C’est au cours d’un contrôle inopiné que les douaniers ont découvert l’arsenal que le suspect cachait dans ses bagages. Placé en garde à vue à Levallois-Perret pour une durée de 96 heures, qui pourrait être étendue, Nemmouche n’a pas indiqué où il avait l’intention de se rendre avant son arrestation. «C’est la première fois depuis longtemps qu’il revenait sur le territoire français, a indiqué le procureur de la République de Paris. Nul ne sait si le suspect avait l’intention de commettre des actes terroristes sur le sol français». Les enquêteurs n’écartent pas l’hypothèse d’une fuite en bateau vers l’Algérie.

Sera-t-il extradé en Belgique?

Lors d’une conférence de presse ce dimanche, le procureur fédéral de Belgique a évoqué un «acte antisémite» à propos de la tuerie du 24 mai. La justice belge a émis un mandat d’arrêt européen à l’encontre de Mehdi Nemmouche, assorti d’une demande d’extradition vers la Belgique. Le mandat d’arrêt sera notifié au suspect au plus tôt mardi, à l’issue de sa garde à vue. Mais si les enquêteurs invoquent une menace terroriste imminente, la garde à vue pourrait être prolongée de 48 heures. La demande d’extradition est désormais entre les mains de la Chambre de l’instruction en charge du dossier. Elle rendra sa décision dans un délai de sept jours si le suspect consent à l’extradition. Dans le cas contraire, le délai passera à 20 jours.