Cinq ans après, les familles des victimes du crash Rio-Paris sont «révoltées»

HOMMAGE De rapports en contre-expertises, elles ne savent toujours pas pourquoi l’avion d’Air France s’est crashé entre Rio et Paris…

Vincent Vanthighem
— 
Sur l'île Fernando de Noronha, au nord-est du Brésil, un panneau de commémoration de la catastrophe du vol Rio-Paris d'Air France, à 650 km du lieu où les débris du vol 447 avait été repérés dans l'Atlantique le 3 juin 2009
Sur l'île Fernando de Noronha, au nord-est du Brésil, un panneau de commémoration de la catastrophe du vol Rio-Paris d'Air France, à 650 km du lieu où les débris du vol 447 avait été repérés dans l'Atlantique le 3 juin 2009 — Evaristo Sa AFP

Danièle Lamy avait bien une idée des réponses. Mais la présidente de l’association Entraide et Solidarité AF 447, qui regroupe les familles des victimes du crash Rio-Paris, a voulu en avoir le cœur net. Il y a deux semaines, elle a donc envoyé un questionnaire aux membres de l’association pour savoir dans quel état d’esprit ils se trouvaient. «En un mot, ils sont "révoltés"», résume-t-elle.

>> A Relire: Notre interview de Danièle Lamy

Alors qu’ils commémorent, ce dimanche, les cinq ans du crash du vol AF 447 d’Air France et la mort de ses 228 passagers, les proches des victimes ne savent toujours pas exactement pour quelles raisons l’avion a décroché alors qu’il se trouvait, à haute altitude, entre l’Afrique et le Brésil.

Un problème de sondes ou de pilote?

«Je suis désabusé et en colère en même temps», confie Laurent Lamy, le fils de la présidente qui a perdu son frère dans la catastrophe. Le 14 mai, les conclusions d’un rapport de contre-expertise fuitaient, laissant entendre que la raison du crash serait une «réaction inappropriée de l’équipage après la perte momentanée des indications de vitesse».

>> A Relire: Un rapport de contre-expertise pointe la responsabilité des pilotes

«Bizarrement, on ne parle pas du problème des sondes Pitot dans ces conclusions, ironise Laurent Lamy. Le rapport a été écrit par des experts indépendants. Mais si ça avait été écrit par Airbus, cela aurait été la même chose…»

>> Décryptage: Enquête sur les sondes Pitot

Informaticien de profession, ce quadragénaire ne passe pas une journée sans travailler sur le dossier. «J’ai appris à vivre avec ça, lâche-t-il. Mon but est désormais d’obtenir un procès pour faire changer la sécurité aérienne, pour que d’autres n’aient pas à vivre ce que nous avons vécu…»

Le vol de la Malaysia fait remonter les souvenirs

Pour cela, il est déjà trop tard… Quand, le 8 mars, Sylvie Delerablée a découvert à la télévision les informations sur la disparition du vol MH 370 de la Malaysia Airlines, elle a basculé cinq ans en arrière. «Toutes les images sont revenues, explique cette mère de trois enfants qui a perdu son époux dans le crash Rio-Paris. A l’époque, j’avais découvert, effarée, que les avions n’étaient pas suivis en permanence par des radars. Je me suis rendu compte que ce défaut n’avait toujours pas été corrigé…»

Assurant vivre désormais «chaque minute avec ce drame dans la tête», cette quinquagénaire est toutefois prête à attendre pour obtenir la vérité. «J’ai besoin d’un procès. Si c’est pour avoir la vérité, je veux bien patienter encore. Mais il ne faudra pas nous mentir…»

Le 2 juillet, elle compte le dire aux experts avec qui les familles des victimes ont rendez-vous au palais de justice. «Nous allons leur demander des comptes, résume Danièle Lamy. Il est temps que l’enquête avance vraiment!»