Consommation de cannabis: «Les Français sont plus précoces»

INTERVIEW Christophe Palle, de l’Observatoire Français des drogues et des toxicomanies, analyse le rapport européen sur les drogues publié ce mardi…

Propos recueillis par William Molinié

— 

Illustration de cannabis
Illustration de cannabis — Brennan Linsley/AP/SIPA

Beaucoup et de plus en plus jeunes. Les ados français sont parmi les champions d’Europe de consommation de cannabis, apprend-on dans le rapport européen sur les drogues, publié ce mardi.

Christophe Palle, responsable scientifique de l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies, replace la consommation de drogue en France dans le contexte européen…

Le rapport européen sur les drogues vient d’être publié. Comment la France se démarque-t-elle?

En préambule, il faut dire que la France, comme l’Allemagne ou le Royaume-Uni, ont un passé plus long avec les drogues que l’Europe centrale et orientale. Parfois, il est plus pertinent de nous comparer avec des pays qui nous ressemblent. Ceci dit, on ne se démarque pas tellement par rapport à la moyenne des autres pays européens. Les tendances générales se retrouvent en France.

Sauf pour le cannabis…

C’est effectivement une spécificité française. La consommation de cannabis au cours des douze derniers mois chez les jeunes de 15 à 34 ans est importante. On se hisse sur la deuxième marche, juste derrière la République tchèque. Et quand on regarde la consommation des 15/16 ans dans le mois, la France occupe une position singulière avec 24% des 15/16 ans qui en ont consommé au cours des 30 derniers jours. La République tchèque est à 17%. Et la moyenne européenne se situe à 7%. C’est sur ce point qu’on se distingue réellement, même avec les autres pays riches de l’Europe de l’ouest.

Comment l’explique-t-on?

Il y a un ensemble de facteurs. D’abord, les Français, tout comme les Tchèques, sont plus précoces. Ensuite, quand on interroge les adolescents pour savoir si, selon eux, consommer occasionnellement du cannabis est dangereux, ils répondent beaucoup plus souvent par la négative en France que dans les autres pays européens. Une autre explication est géographique: la proximité avec le Maroc, pays d’où provient pour une large part la résine de cannabis consommée en France.

Nos politiques de prévention diffèrent-elles des autres pays?

Il est difficile de comparer. Tous les pays sont favorables à une politique active de prévention. Mais en France, on peut dire qu’il y a un effort de rationalisation des politiques de prévention en tentant d’améliorer les effets de ces campagnes.

Concernant la cocaïne, où la France se situe-t-elle?

On est dans la moyenne. C’est une drogue de pays riches. La consommation est donc plus élevée en Europe de l’ouest qu’en Europe centrale et orientale. On est bien en deçà de la consommation en Espagne ou au Royaume-Uni. Par ailleurs, on observe qu’après l’augmentation de la consommation de cocaïne dans les années 2000, on est plutôt en recul. Cette drogue est moins bien vue dans les milieux consommateurs.

La consommation de drogues de synthèse inquiète au niveau européen. Est-ce le cas en France?

Elles se développent en France aussi. On voit bien qu’elles sont présentes. Mais on connaît mal l’ampleur de leur consommation et le profil des usagers. C’est d’ailleurs pour cela que l’OFDT vient de lancer une enquête sur Internet sur les drogues de synthèse. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas en France qu’elles se développent le plus vite. Mais plutôt au Royaume-Uni, qui était aussi précurseur pour l’ecstasy (MDMA), et dans les pays d’Europe du Nord.