Arbitrage Tapie: Pourquoi Claude Guéant est-il le personnage central de l’affaire?

JUSTICE L’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy a été placé en garde à vue, ce lundi matin, pour être interrogé sur l’affaire de l’arbitrage contesté entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais…

Vincent Vantighem

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Claude Guéant le 29 janvier 2014 à Paris
Claude Guéant le 29 janvier 2014 à Paris — Fred Dufour AFP

Une petite note résume à elle seule le rôle de Claude Guéant dans l’affaire de l’arbitrage Tapie. Les enquêteurs ont mis la main dessus en perquisitionnant son cabinet d’avocat en février 2013. «Affaire arbitrage Tapie, que dire?» avait noté pour lui-même l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy dans un petit carnet.

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Le temps de la réflexion est passé. Ce lundi matin, Claude Guéant a été placé en garde à vue à la brigade financière de Paris pour être entendu sur le rôle qu’il a pu tenir dans l’arbitrage contesté entre Bernard Tapie et le Crédit Lyonnais. 20 Minutes explique pourquoi il est l’un des personnages centraux de cette affaire…

Que risque Claude Guéant?
Arrivé peu avant 8h30 à la Brigade financière de Paris comme c’était prévu, Claude Guéant a été placé en garde à vue par les policiers. Leur enquête portant notamment sur des faits «d’escroquerie en bande organisée», sa garde à vue peut durer jusqu’à 96 heures.

>> Les Faits: Guéant prié de clarifier son rôle

A l’issue de celle-ci, l’ancien ministre de l’Intérieur peut être relâché sans charge ou présenté aux juges pour une éventuelle mise en examen. Sollicité par plusieurs médias avant son audition, il s’est refusé à tout commentaire. «Je n’alimente plus la chronique. Je suis convoqué, j’y vais, point final» a-t-il simplement expliqué au Journal du Dimanche.

C’est quoi déjà l’affaire de l’arbitrage Tapie?
Dans cette affaire, Bernard Tapie a touché 403 millions d’euros en règlement de son litige avec le Crédit Lyonnais pour le rachat d’Adidas. Il a pu bénéficier de cette somme grâce à une procédure d’arbitrage controversée. Les juges pensent que la sentence prononcée n’est que le fruit d’un «simulacre» de justice qui a été organisé avec l’aval de l’Elysée afin de mettre un point final à cette affaire. L’Etat aurait en effet pu choisir de s’en remettre à la justice ordinaire pour régler le litige.

Que reproche-t-on à Claude Guéant?
Les juges pensent que l’ancien bras droit de Nicolas Sarkozy a servi d’intermédiaire pour organiser l’arbitrage contesté. Ils en veulent pour preuve les très nombreux rendez-vous que Claude Guéant a eus avec l’homme d’affaires au cours desquels ils ont clairement évoqué l’affaire de l’arbitrage alors qu’ils n’étaient pas censés le faire. Plusieurs de ses rendez-vous ont d’ailleurs eu lieu à l’Elysée à partir de 2007.

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Mis en examen dans ce dossier, Stéphane Richard, l’ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, a raconté aux enquêteurs sa «stupéfaction» d’avoir découvert que Bernard Tapie était présent lors d’une réunion de travail à l’Elysée sur ce sujet. Le dossier fourmille également de plusieurs mémorandums et autres notes qui ont été transmis par le clan Tapie à Claude Guéant afin qu’il intercède en sa faveur.

Pourquoi l’Elysée aurait favorisé Bernard Tapie?
Difficile à dire aujourd’hui tant l’affaire de l’arbitrage controversé s’étale dans le temps depuis plus de quinze ans. Classé à gauche depuis longtemps et ancien ministre de François Mitterrand, Bernard Tapie a tout de même appelé à voter pour Nicolas Sarkozy en 2007 et 2012. L’Elysée lui aurait-elle promis de régler favorablement son litige en échange de ce soutien? C’est ce que les enquêteurs doivent déterminer.

Tapie va-t-il devoir rendre les millions?
En parallèle du volet pénal actuellement instruit autour de «l’escroquerie en bande organisée», une date vient d’être fixée pour la demande d’annulation de l’arbitrage. L’affaire sera examinée le 25 novembre devant la cour d’appel de Paris. D’ici à la fin de l’année, l’ancien président de l’OM saura donc s’il peut garder ou rendre les millions. Nul doute qu’il continuera à se défendre bec et ongles.