Noyades: «On peut même se noyer dans un pédiluve» alerte l’association de prévention des accidents en piscines

ACCIDENT A l’occasion des journées nationales de prévention de la noyade, organisées jusqu’au 25 mai…

R.S.

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Photo d'illustration d'une piscine municipale.
Photo d'illustration d'une piscine municipale. — GILE/SIPA

Il y a moins d’une semaine un garçon de 6 ans s’est noyé dans un bassin du complexe aquatique du Coliseum à Amiens. Plongé en coma artificiel, ses jours ne sont plus en danger, mais ses poumons ont été gravement endommagés. Pour éviter ce type d’accident, dont l’issue est parfois plus dramatique, Virginie Taverne répète régulièrement le même message de prévention. Présidente de l’ANPAP, l’association nationale de prévention des accidents en piscine, elle rappelle qu’un enfant peut se noyer dans une piscine municipale en quelques secondes. A ce sujet, les idées reçues sont encore trop nombreuses.

On se noie quand il n’y a personne autour de nous. «C’est faux. Les enfants se noient généralement quand la piscine est bondée. Bien souvent un nageur est dans sa ligne de nage et ne voit pas que l’enfant se noie. Une piscine où il y a du monde n’est pas un gage de sécurité. Ce sont souvent des accidents malencontreux qui n’interviennent pas pendant l’exercice de natation, mais plus souvent quand il a oublié ses lunettes au bord du bassin et replonge parce qu’il est tenté de réaliser l’exploit qu’il n’a pas réussi avec ses copains.»

On se noie quand on ne sait pas nager. «Non. On se noie d’abord parce qu’on tombe. Dans ce cas, vous paniquez et c’est trop tard. En moins d’une minute, vous pouvez vous noyer même si vous savez nager. Il y a aussi des problèmes d’apnée, qui est interdite en piscine municipale. On va au-delà de ses possibilités, parce qu’on est jeune, qu’on veut faire le Tarzan et passer pour un surhomme. Pour de l’apnée statique, vous risquez une amende. En cas de noyade, si l’intervention n’est pas faite dans les 75 secondes, vous risquez des séquelles, 3 minutes, vous êtes mort. D’abord vous stagnez en feuille morte, vous êtes entre deux eaux, et d’un coup vous coulez et vous vous déposez au fond du bassin.»

On se noie quand on n’a pas pied. «Non pas du tout. On peut se cogner la tête et se noyer. On se noie même dans les pédiluves ou les bassins ludiques où il y a peu d’eau. Vous tombez, vous respirez de l’eau, vous êtes noyés. Il faut ramener ça à la grandeur d’un enfant qui peut se noyer en quelques secondes. Dans ce cas, il n’y a pas de cri, pas de geste. Même dans un petit bassin, l’enfant est tellement pris par le besoin de respirer qu’il ne peut pas crier. Sinon il avale de l’eau. Il ferme la bouche inconsciemment. De ce point de vue-là, les films ne sont pas fidèles à la réalité.»

On se noie quand il n’y a pas de maître-nageur. «C’est un métier difficile. Quand vous êtes dans une piscine, c’est bruyant, on ne maîtrise pas tous les paramètres du bassin. Il y a problème d’affluence, de luminosité. L’odeur du chlore est aussi fatigante. Vous êtes souvent dérangé. Le maître-nageur change souvent de poste. Toutes ces nuisances externes font que vous ne pouvez pas tout voir. Des systèmes de surveillance automatique (comme le système Poséidon) existent aussi en complément. Il détecte la trajectoire anormale d’un corps dans l’eau. Mais au-delà de tout ça, la surveillance des parents est capitale pour éviter l’accident.»