Couples infertiles: «Quand je me suis masturbé dans un flacon, je l'ai fait en pleurant»

TÉMOIGNAGES Cinq couples racontent leurs déboires pour avoir un enfant...

Christine Laemmel

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Une FIV à la clinique de La Muette à Paris
Une FIV à la clinique de La Muette à Paris — MELANIE FREY/JDD/SIPA

Faire des enfants n’est pas un jeu d’enfant. A l’occasion de la première journée nationale de l’infertilité ce vendredi, des internautes de 20 Minutes, hommes et femmes, confient leurs tentatives désespérées pour concevoir. Entre opération à l’étranger, crise de virilité et attente.

Un millier de piqûres, une bonne centaine de prises de sang, dix ponctions ovariennes. Et trois enfants. Après neuf ans de procédure de procréation médicalement assistée, Sabyne a eu gain de cause. Non sans efforts. «Mon endocrinologue m’appelle la routarde de la PMA», s’amuse cette internaute. Car avant la récompense, il y a l’attente. A commencer par celle qui précède la découverte de l’infertilité. Un an d’essais, parfois plus, à fixer ce bâtonnet de test de grossesse qui refuse d'afficher une deuxième barre. Puis le constat. Anomalie des spermatozoïdes (une Oligo-asthéno-tératospermie) pour le compagnon de Bérénice ou pour Thomas, absence d’ovaires pour Charline, endométriose pour Monoi. A partir de là, «tout devient de moins en moins naturel» ponctue Audrey.

«Je m’imaginais enceinte dans l’année»

«La deuxième fois que je me suis masturbé dans un petit flacon, je l’ai fait en pleurant», se souvient Thomas, 27 ans, qui appuie sur «l’effet castrateur» de la procédure. A Nantes, la spécialiste de la stérilité que Charline a rencontré, lui a très vite fait comprendre que les dons d’ovocytes en France ne se conçoivent pas sans liste d’attente. «Un an si on ramenait une donneuse au centre, se souvient aussi Bérénice, deux ans sans.» Charline, s’est alors tournée vers l’Espagne, «sur les conseils de [sa] gynécologue». Sept mille euros plus tard, «trois mois de salaire», (dont 800 pour la donneuse d’ovocyte – l’acte est gratuit en France, rémunéré en Espagne), la jeune femme est tombée enceinte, «extrêmement chanceuse» de son propre aveu.

Restée en France, Monoi n’est pas aussi vernie. Après de vilains kystes qui lui valent une ablation ovarienne et une endométriose, elle est orientée vers une fécondation in vitro, après deux ans d’errance. «Je m’imagine enceinte dans l’année, raconte Monoi. Tout le monde connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a eu un enfant grâce aux FIV.» Après six échecs en moins de deux ans, elle récolte en unique cadeau une infection. «Un mois et demi à marcher dans un périmètre de 200m. Au risque de fortes crampes dans le bas-ventre.»

«Vous ne rentrez pas dans le moule des gens normaux»

Piqures, examens invasifs voire humiliants la mette dans un état de fatigue physique et psychologique intense. «Vous ne rentrez pas dans le moule des gens normaux», résume Bérénice. Méconnaissance du grand public sur le don de gamètes et d’ovocytes, manque de moyens, difficulté de continuer à travailler pendant tout ce temps, isolent le couple. Qui lui-même peut se distendre sous les coups «de longs mois d’examens, de prise de sang et d’injections», explique Thomas, qui sans «l’indispensable soutien» entre futurs parents.

Thomas, Charline, Bérénice, Audrey, Sabyne, tous les cinq pouponnent aujourd’hui. Pas Monoi. «La science "se casse le nez "sur la complexité de notre situation, déplore la jeune femme. Un autre projet anime désormais notre quotidien, l’adoption.» Un autre long combat.