Des militaires français de l'Isaf, en Afghanistan, le 30 avril 2014.
Des militaires français de l'Isaf, en Afghanistan, le 30 avril 2014. — AFP PHOTO/SHAH Marai

ARMEES

Sondage «20 Minutes»: «Les Français sont attachés au mythe du service militaire»

Deux universitaires répondent à «20 Minutes» à propos du sondage exclusif YouGov sur les armées…

L’armée et les Français, une relation fidèle. Selon un sondage sondage exclusif YouGov pour «20 Minutes», plus de 7 Français sur 10 ont une bonne opinion de l’armée, et plus de 6 sur 10 souhaiteraient un service civique obligatoire pour les jeunes. Comment expliquer ces résultats? Deux universitaires, Sébastien Jakubowski et Elyamine Settoul, répondent à 20 Minutes sur ce sondage, dont tous les résultats sont à voir ici.

L’armée a la cote auprès des Français. Comment l’expliquer?

«Il y a tout d’abord un attachement à l’institution, à la grandeur de la France, voire de la nostalgie», explique Sébastien Jakubowski, maître de conférences à l’AgroSup Dijon. «Mais ma thèse est que la professionnalisation des armées, qui a pourtant accru la distance entre l’armée et les citoyens, a renforcé l’image positive de l’institution. L’armée est moins présente dans la société, sauf en cas de catastrophe, mais on lui fait confiance car elle est composée de professionnels qui l’ont choisi volontairement», continue le maître de conférences.

«L’armée renvoie à un espace social diversifié, ce qui est de plus en plus rare dans notre société individualiste», ajoute Elyamine Settoul, chercheur à l’institut européen de Florence et enseignant à Sciences-Po Paris. «Les Français sont en attente de cette mixité sociale, d’un projet collectif porté par cette institution, comme l’a pu être l’école», ajoute-t-il.

Pourquoi un tel engouement pour le service civique obligatoire des 16-25 ans, mais aussi pour un rétablissement du service militaire?

«Cette bonne opinion du service civique obligatoire est à mettre en rapport avec la fin du service militaire», souligne Elyamine Settoul. «Il y a une nostalgie, surtout chez les plus âgés, qui l’ont connu». Pour Sébastien Jakubowski, «il y a un rapport paradoxal avec le service militaire. Le dispositif du service militaire était inégalitaire et décrié jusqu’à sa fin. En 2001, Lionel Jospin l’a suspendu un an en avance, après la protestation des ‘sans-nous’, ces diplômés qui ne voulaient pas être les derniers sacrifiés du dispositif. Mais paradoxalement, le mythe du service militaire continue de se construire aujourd’hui, et les Français y sont attachés». Quant à l’idée du service civique obligatoire pour les 16-25 ans, «son attrait peut également provenir du fait qu’il n’est pas forcément militaire, mais aussi civil», précise Sébastien Jakubowski.

Les Français semblent très attachés à la place des femmes dans l’armée. Sont-ils devenus égalitaristes?

«L’armée française est l’une des plus féminisée au monde, même si la place des femmes n’a pas été facile à conquérir», explique Sébastien Jakubowski. «Mais je ne dirais pas que les Français soient égalitaristes, notamment vis-à-vis de la mort. En opération à l’extérieur, un jour ou l’autre, une militaire française sera tuée. Quelle sera alors la réaction de l’opinion publique face à cette mort? Variera-t-elle par rapport au décès d’un soldat? Je tempérerai donc cet égalitarisme devant le fait social. Je pense plutôt que les Français souhaitent une plus grande équité entre les hommes et les femmes dans les armées».

Si l’armée reçoit une opinion favorable de la part des Français, ce n’est pas le cas du chef des armées, à savoir le président de la République…

«C’est assez simple à comprendre. Si François Hollande est effectivement le chef des armées, il n’est pas perçu comme un militaire dans l’opinion publique, mais comme un homme politique. Il y a une dissociation entre ces deux fonctions», détaille Elyamine Settoul.