Loi sur la famille: «Les anti-résidence alternée veulent toujours faire le buzz»

INTERVIEW Gérard Poussin, psychologue, veut dépassionner le débat sur la garde-alternée…

Mathieu Bruckmüller

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Une mère de famille et sa fille le 05 septembre 2011, à Lille
Une mère de famille et sa fille le 05 septembre 2011, à Lille — Philippe Huguen AFP

Le projet de loi Famille présenté depuis lundi à l’Assemblée nationale par les députés socialités et écologistes fait des remous. Alors que l’amendement anti-fessée vient d’être retoqué, la garde alternée suscite les crispations.

Dans une récente pétition, plus de 5.500 psychiatres, psychologues ou professionnels de l’enfance ont vu dans la double domiciliation une porte ouverte à une généralisation de la résidence alternée qui «fait courir un risque prouvé pour le développement affectif des enfants.» «Quand une loi est équilibrée, personne n’est d’accord!…. L’idée est d’éviter que l’un des parents soit perçu comme "gagnant" ou "perdant"», se défend Marie-Anne Chapdelaine, la rapporteur du texte, dans le Nouvel Observateur.

Gérard Poussin, psychologue et prof émérite de psychologie à l’Université de Grenoble, revient pour 20 Minutes sur cette polémique.

Êtes-vous surpris par son ampleur?

Cela ne m’étonne pas. Les anti-résidence alternée veulent toujours faire le buzz. Cela dure depuis des années. Il y a une idéologie derrière. Il faut promouvoir la famille avec un grand F et en cas de séparation, c’est à la mère de s’occuper des enfants. Il y a une stratégie de dramatisation, de culpabilisation des parents. Pourtant, une dizaine d’études n’ont pas noté de nocivité de la garde alternée.

Dans quelle condition la résidence alternée peut-elle fonctionner?

La résidence alternée peut bien marcher à tout âge si elle est encadrée et si les parents coopèrent. Il faut d’abord s’adapter à l’âge de l’enfant. Faire une semaine-une semaine, c’est impensable pour un petit de moins de deux ans. Il n’a pas l’équipement cognitif pour supporter d’être séparé aussi longtemps d’une de ses figures d’attachement. Pour les jeunes de moins de six ans, il faut prévoir des rythmes d’alternance plus courts, tous les 2-3 jours.

A l’inverse, si on refuse par principe l’alternance, l’enfant ne développera aucun lien avec un de ses parents, en général le père. Un contact de seulement une à deux heures par semaine, cela n’a pas de sens. Aujourd’hui, la résidence alternée concerne entre 15 et 20% des enfants de couples divorcés, comme dans les autres pays où elle est autorisée. Je ne crois pas que ce texte fera bondir ce pourcentage. Le texte présenté est avant tout symbolique.

Mais la garde alternée n’est pas toujours une réussite pour l’enfant?

Oui notamment avec les pères d’une grande rigidité qui exigent une égalité absolue dans la garde. La résidence alternée ne marche pas toujours. J’ai vu des enfants en souffrance. Je ne suis pas pour la résidence alternée à tout prix.

Ce texte a pour ambition d’améliorer la relation parents-enfants. Vous y croyez?

Les études soulignent que le facteur prépondérant de problème pour l’enfant en cas de séparation est lié aux disputes entre les parents et non au mode de garde. A partir du moment où cette loi peut permettre à travers la médiation familiale par exemple, de trouver un terrain d’entente entre les parents, cela va dans le sens du mieux pour l’enfant. Je trouve que le débat actuel sur la résidence alternée, c’est l’arbre qui cache la forêt. Cette pétition a masqué l’essentiel. Ce qui est nocif pour l’enfant, ce sont les disputes parentales. C’est très français, on est dans l’idéologie et pas dans les arguments fondés sur les preuves.