Jérôme Kerviel stoppe sa marche en Italie

REPORTAGE Refusant de rentrer en France, l’ancien trader a lancé ce samedi un appel au président François Hollande…

Jean-Alexis Gallien-Lamarche, envoyé spécial à Menton (avec C.P. à Paris)

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Jérôme Kerviel, près de Menton, le 17 mai 2014.
Jérôme Kerviel, près de Menton, le 17 mai 2014. — : J.-A. Gallien-Lamarche / ANP / 20 Minutes

De notre envoyé spécial à Menton (Alpes-Maritimes), Jean-Alexis Gallien-Lamarche

Il a jusqu'à ce dimanche soir pour se présenter à la police française. Mais pour l'instant, il reste à quelques mètres de la frontière française, en Italie. Il se dit «serein», «soulagé» et «combatif». Chaussures de marche aux pieds, sac de montagne sur le dos et barbe de trois jours, Jérôme Kerviel est arrivé à la frontière italo-française, tout près de Menton samedi sur les coups de 15h. Devant l’ancien trader de la Société Générale, condamné à trois ans de prison pour avoir fait perdre 4,9 milliards d’euros à la banque en 2008, son comité de soutien, Monseigneur Jean-Michel di Falco, évêque de Gap, Alexis Corbière, le secrétaire national du Parti de Gauche, ou encore des représentants locaux du Front de gauche et de Debout la République, mais aussi de simples curieux s’étaient massés pour l’accueillir après plus de deux mois de marche en Italie et une rencontre avec le pape François à Rome en février.

«Invité» par le parquet général de Paris à se rendre au commissariat de Menton avant dimanche soir, Jérôme Kerviel a finalement décidé de rester du côté de l’Italie. «Je suis encore un homme libre», rappelle sous un soleil de plomb celui qui a entamé une marche «contre la tyrannie des marchés financiers».

La nuit dans un camping-car

En attendant, Jérôme Kerviel en appelle à François Hollande. «Le dossier est truqué. Des pressions ont été exercées sur des personnes de la banque et du monde judiciaire. Ils craignent pour leur vie et leur emploi», déclare un de ses avocats David Koubbi. «J’interpelle le Président pour immuniser ces témoins, pour qu’ils puissent parler librement, lance l’ancien courtier de 37 ans. J’attends sa réponse ici, en Italie. Et si les policiers veulent venir me chercher, qu’ils viennent».

S’il espère encore éviter la case prison, Jérôme Kerviel veut dès à présent «passer le reste de [sa] vie à faire évoluer ce système. J’ai honte d’y avoir participé, j’étais un connard à l’époque…» Ce samedi soir, il devrait dormir dans un camping-car, prêté par un de ses soutiens, face à la mer.

L’Elysée prêt à examiner une demande de grâce

Dès samedi soir, Jérôme Kerviel a reçu une réponse, mais pas vraiment celle qu’il attendait. Interrogé dans l’après-midi pendant sa conférence de presse sur la sécurité au Nigeria sur cet appel que lui a lancé Jérôme Kerviel, François Hollande a refusé de répondre: «Je ne vais pas vous répondre à cette question, n’ayant pas les éléments et (ce n’est) pas l’occasion propice». L’Elysée a indiqué plus tard que si Jérôme Kerviel demandait une grâce présidentielle, sa demande serait examinée «selon la procédure habituelle», «c’est-à-dire après une instruction et un avis de la Chancellerie». «Toute autre demande d’aménagement de sa peine doit être présentée à l’autorité judiciaire conformément à la loi», a ajouté la présidence. En clair, la balle est dans son camp. Jérôme Kerviel a réagi samedi soir en indiquant qu'il attendait «une réponse à la question» qu'il a posée. «Je ne demande pas de grâce présidentielle, je suis prêt à effectuer ma peine», a-t-il ajouté.