Le «parcours du combattant» des étudiants étrangers en question

SOCIETE Le syndicat étudiant Unef a appelé ce mardi à une réforme en profondeur de la politique migratoire pour que les étudiants étrangers bénéficient de meilleures conditions d’accueil en France...

Faustine Vincent

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Des étudiants  discutent sur le campus de l'université Paris III (Censier-Sorbonne Nouvelle), le 25 mai 2009 à Paris.
Des étudiants discutent sur le campus de l'université Paris III (Censier-Sorbonne Nouvelle), le 25 mai 2009 à Paris. — STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Inquiet de voir les engagements du gouvernement sur l’accueil des étudiants étrangers reportés aux calendes grecques, le syndicat étudiant Unef se mobilise. Dénonçant une politique migratoire trop restrictive, il appelle ce mardi à une «réforme en profondeur» pour que le séjour des 280.000 étudiants étrangers en France ne soit plus un «parcours du combattant». Dans une tribune publiée dans Libération avec le soutien de plus de 130 personnalités, il pointe notamment la mise en place, depuis 2006 sous la présidence Sarkozy, d’une «machine administrative aussi injuste qu’arbitraire».

Parmi les principales revendications, l’Unef veut que «l’avis pédagogique soit respecté par l’administration et que celle-ci ne refuse pas l’accès au territoire quand une université a accepté d’accueillir un étudiant», détaille son président, William Martinet. Aujourd’hui, la préfecture est amenée à juger du caractère «réel et sérieux» des études et peut effectivement refuser un titre à un étudiant accepté sur un campus.

Titre de séjour pluriannuel dès la licence

Le syndicat appelle aussi à la création d’un titre de séjour pluriannuel dès la licence. Au ministère de l’Intérieur, on précise que cela figure justement dans le projet de loi sur l’immigration, qui doit être présenté en conseil des ministres fin juin pour une adoption définitive «avant la fin de l’année».

Depuis 2006, le titre de séjour pluriannuel existe mais seulement pour les masters et doctorats. Il permet, en théorie, aux étudiants étrangers de ne pas avoir à renouveler leur titre de séjour tous les ans pendant leur scolarité. En théorie seulement, car en 2012, seuls 5.000 titres pluriannuels ont été délivrés, sur quelque 100.000 étudiants inscrits en master et doctorat. Une circulaire de juin 2013 prise par l’ex-ministre de l’Intérieur Manuel Valls et la ministre de l’Enseignement Supérieur Geneviève Fioraso a toutefois permis de faire grimper ce chiffre à 13.000 en 2013.

«Passer de 5.000 à 13.000 en un an, c’est un sacré progrès», se félicite-t-on au ministère l’Intérieur. On y interprète la mobilisation de l’Unef comme une «impatience légitime» et on se veut rassurant. «Nous voulons la même chose. Il y a eu un net changement politique en 2012. On est passé à l’ouverture car c’est un enjeu de rayonnement de la France, de compétitivité et d’attractivité du territoire», insiste-t-on.

63.000 étudiants étrangers accueillis en 2013

Signe de cette «ouverture», selon l’entourage de Bernard Cazeneuve, la France, qui figure au premier rang des pays non anglophones les plus attractifs en matière d’enseignement supérieur, «a accueilli 63.000 étudiants étrangers en 2013, contre 58.000 en 2012».

Le gouvernement a également mis en place des «guichets uniques» sur les campus qui travaillent en lien avec la préfecture pour faciliter les démarches administratives des étudiants étrangers (logement, santé, transports…). Il en existe actuellement 25 sur le territoire avec un objectif d’«une trentaine à terme», selon le ministère de l’Enseignement supérieur.

Quant à la très controversée circulaire Guéant, qui restreignait la possibilité pour les étudiants étrangers diplômés de travailler en France, elle a été abrogée dès le 31 mai 2012.

Aberrations administratives

Malgré ces modifications, les lourdeurs et aberrations administratives demeurent. Juan, étudiant en doctorat de droit public à l’université d’Evry (Essonne), s’est ainsi vu refuser le renouvellement de son titre de séjour il y a deux ans. «On m’a demandé un relevé de notes qui n’existe pas, puisqu’en doctorat on n’en a pas», raconte-t-il.

Privé de titre de séjour pendant deux ans, il a dû trouver un travail au noir pour compenser la perte d’allocations étudiantes et financer ses études. Son dossier devrait bientôt être réglé, mais il regrette de s’être retrouvé «avec deux ans de stress, en situation irrégulière», à cause d’une «méconnaissance du parcours universitaire» de la préfecture.