Cinq idées reçues sur les enfants précoces

EDUCATION Dans son ouvrage «Les surdoués ordinaires», qui paraît ce mercredi, Nicolas Gauvrit nuance les idées souvent véhiculées sur les petits surdoués…

Propos recueillis par Delphine Bancaud

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Couverture de l'ouvrage de Nicolas Gauvrit.
Couverture de l'ouvrage de Nicolas Gauvrit. — PUF

Des clichés auxquels ils finissent par s’identifier. Dans Les surdoués ordinaires qui paraît ce mercredi*, Nicolas Gauvrit, maître de conférences à l’Ecole des hautes études de Paris bat en brèche les idées reçues sur les enfants précoces. 20 Minutes revient avec lui sur les plus fréquentes.

Ils sont hyperactifs

Des piles électriques à l’école, incapables de se concentrer. Des enfants bavards, qui s’affairent sans cesse à la maison… Voilà quelques images récurrentes sur les petits précoces, que Nicolas Gauvrit explique aisément: «On peut avoir cette impression, car ces enfants sont souvent turbulents. Ils se sentent en décalage par rapport aux autres, ce qui peut entraîner chez eux un mal-être engendrant des troubles du comportement». Suivant cette logique, l’incapacité à se concentrer de certains d’entre eux serait due à un manque de stimulation intellectuelle, donc à un certain ennui. Mais le chercheur souligne aussi que «beaucoup d’enfants surdoués ne se font pas remarquer et adoptent une attitude calme. Ils ne sont d’ailleurs pas toujours détectés, notamment pour cette raison». Gare donc aux apparences.

Ils font tout le temps des cauchemars

«L’hypothèse d’un surplus de cauchemars des enfants précoces par rapport aux autres est plausible, bien que le niveau de preuve soit faible», explique Nicolas Gauvrit. «Mais ce qui est sûr, c’est que le contenu de leurs cauchemars est différent de celui des enfants de leur âge. Dans leurs rêves, il est ainsi beaucoup question de mort, alors que les autres enfants cauchemarderont davantage sur des peurs irrationnelles. Or, les enfants précoces ne sont pas armés pour se protéger vis-à-vis de cette peur de la mort, ce qui peut provoquer chez eux des terreurs nocturnes parfois impressionnantes», poursuit le chercheur.

Ils sont souvent dépressifs

«Il est bien établi que les enfants et les adolescents précoces ne sont pas plus dépressifs que les autres. D’ailleurs, ils sont plutôt moins anxieux que les enfants de leur âge, car ils comprennent plus vite de nombreuses réalités», observe Nicolas Gauvrit. «Le fait d’être mis à l’écart parfois par leurs camarades d’école peut être aussi compensé par la perception de leur propre intelligence», avance-t-il. Pour autant, il ne faudrait pas en conclure que la précocité immunise contre la dépression: «Certains enfants souffrent terriblement d’être mal intégrés à l’école», précise-t-il.

Ils sont en échec scolaire

La réalité est plus nuancée que cette affirmation, car un tiers des enfants précoces se trouvent à un moment donné de leur scolarité en situation d’échec scolaire, généralement au collège ou au lycée. Un phénomène que Nicolas Gauvrit explique aisément: «En primaire, les élèves ordinaires apprennent à apprendre alors que les surdoués vivent sur leurs intuitions». Des facilités qu’ils finissent par payer dans les classes qui leur demandent de fournir des efforts pour réussir. «Ils doivent alors apprendre des méthodes de travail, alors qu’elles sont déjà acquises par leurs camarades, ce qui peut engendrer des difficultés scolaires pour eux», analyse le chercheur. Des difficultés qui ne sont souvent que ponctuelles, car «ils peuvent s’en sortir en allant dans des écoles plus strictes ou spécialisées», poursuit-il.

Ils ont un humour décapant

Contrairement aux idées reçues, les petits surdoués n’ont pas forcément plus d’humour que leurs camarades, mais un humour différent et plus sophistiqué. «Entre 7 ans et 9 ans par exemple, ils vont faire des jeux mots, s’amuser de quiproquos alors que leurs camarades vont rire de blagues scatologiques. Alors que ce type d’humour s’observe généralement vers 12 ans», souligne Nicolas Gauvrit

*Les surdoués ordinaires de Nicolas Gauvrit, PUF, 19 €.