Conflit majeur au Monde, en pleine mutation numérique

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La façade du quotidien Le Monde, le 7 mars 2013 à Paris
La façade du quotidien Le Monde, le 7 mars 2013 à Paris — Miguel Medina AFP

Le Monde, en pleine réorganisation pour accélérer sur le numérique, traverse le premier conflit social majeur depuis son rachat par le trio Bergé-Niel-Pigasse en 2010 avec une fronde de la rédaction contre la direction, et la démission en bloc d'une partie de l'encadrement.

Le mouvement a été déclenché par l'annonce en février d'un plan de mobilité prévoyant le passage sur la rédaction numérique d'une cinquantaine de postes. Un «plan social déguisé» disent les syndicats, alors que le journal a perdu 2 millions d'euros en 2013.

En colère contre la mise en place «brutale» du plan, mardi matin, les sociétés des rédacteurs du Monde (SRM) et du Monde interactif (SRMIA) ont adressé un message interne à la directrice, Natalie Nougayrède, dénonçant «une perte globale de confiance dans la gouvernance du journal» et exigeant un «vrai ressaisissement».

Les deux organisations représentatives des rédactions papier et web ont estimé qu'il «serait grand temps de mettre en place une direction collective et fonctionnelle et que ceux qui font le travail soient vraiment entendus», ont-elles écrit dans ce texte interne obtenu par l'AFP, confirmant une information de Libération.

En milieu de journée, dans un courrier intitulé «Notre départ», sept rédacteurs en chef ou rédacteurs en chef adjoints, sur une dizaine, ont démissionné en bloc de leurs fonctions, dénonçant à leur tour une «absence de confiance et de communication» avec la direction.

Cette «crise de confiance», ajoutée à «des dysfonctionnements majeurs» les empêchent «de remplir (leurs) rôles à la rédaction en chef», ont-ils écrit dans ce message adressé à Natalie Nougayrède, qui a pris ses fonctions en mars 2013, et à Louis Dreyfus, président du directoire du quotidien, qui fête cette année ses 70 ans.

«Nous avons tenté d'y apporter des solutions, sans succès. Nous faisons aujourd'hui le constat que nous ne sommes plus en mesure d'assurer les tâches qui nous ont été confiées, et c'est pourquoi nous démissionnons de nos postes respectifs», écrivent François Bougon, Vincent Fagot, Julien Laroche-Joubert, Damien Leloup, Cécile Prieur, Françoise Tovo et Nabil Wakim.

Ils ont précisé qu'ils resteront «disponibles pour traiter les affaires courantes jusqu'à la nomination d'une nouvelle équipe» d'encadrement.

- La nouvelle formule reportée -

En février, la direction a annoncé qu'elle prévoyait de réaffecter une cinquantaine de postes de la rédaction vers différents services, surtout vers le numérique. Les syndicats craignent «un plan social déguisé» qui viserait, selon un représentant syndical, à «faire partir les journalistes qui coûtent le plus cher, notamment les seniors». Depuis, les tensions s'accumulent.

Mardi, les sociétés de rédacteurs ont rappelé «leur souhait de voir un rapprochement des rédactions print et web» et précisé qu'elles n'étaient «pas opposées à l’accord de mobilité», mais que celui-ci manquait «d’un pilote et d’une gestion humaine».

«C’est pourquoi les SRM demandent aujourd’hui l'assouplissement du plan de mobilité, notamment sur les thèmes importants laissés en déshérence», ont ajouté les SRM, qui citent «l’environnement et l’écologie», les «questions exclusion et logement» et «certains pans» de l'économie.

«Je n'ai jamais vu ça», commente à l'AFP un des journalistes de la rédaction.

En réponse, Natalie Nougayrède a décidé de reporter à l’automne la nouvelle formule du journal papier, prévue le 2 juin, et de «sécuriser le fonctionnement du site internet» pour «répondre aux interrogations portant sur un certain nombre de postes à pourvoir sur le numérique».

«Dans cette période, il est important que chacun reste mobilisé et garde en tête l’intérêt du journal», a-t-elle conclu dans un message interne, sans répliquer aux demandes de nouvelle gouvernance.

Pour la CFDT, qui demande désormais «une nouvelle gouvernance», cette réponse ne «semble pas à la hauteur de la situation». «Je ne vois pas comment elle va rester très longtemps», a déclaré à l'AFP Silvia Zappi, déléguée CFDT, à propos de Natalie Nougayrède.

Hors ventes au tiers, donc uniquement auprès des lecteurs finaux (kiosque, abonnements ou versions numériques), Le Monde affiche une baisse de sa diffusion de 3,62% en 2013 avec 219.265 exemplaires en moyenne par jour.