La famille de l'Algérien expulsé pensait qu'il faisait de l'humanitaire

SOCIÉTÉ ns son quartier à Albertville, la famille est considérée comme «tranquille»...

20 Minutes avec AFP

— 

Thomas Bernardi, Laurence de Suremain AFPTV

La famille de l'Algérien soupçonné de recruter des Français pour le djihad en Syrie, expulsé jeudi, vit dans un quartier populaire d'Albertville (Savoie) où quelques riverains la décrivaient vendredi comme «tranquille».

Terrée dans son appartement du quartier du Champ de Mars à Albertville, la famille de cet homme de 37 ans qui résidait régulièrement en France avant son arrestation, a finalement décidé de s'adresser aux journalistes vendredi midi. Pour elle, leur proche «ne ferait pas de mal à une mouche» et il pensait qu'il partait faire de l'humanitaire. «Quand il est parti il a dit "je vais donner un coup de main, il y a des malades», a affirmé à l'AFP son père, Ferhat Bouhabila, ne croyant pas une seconde que son fils s'était rendu en Turquie, pour la Syrie, «pour le djihad».

Interrogé par l'AFP au pied de son immeuble dans un quartier populaire d'Albertville, le père du jeune homme, cheveux gris et veste à carreau, a expliqué que son fils «n'a jamais recruté de jeunes». «Il ne va pas tous les jours à la moquée, il est innocent, il est gentil, il parle à tout le monde, c'est une erreur», a-t-il répété.

La famille habite dans un secteur populaire fait de barres HLM de trois étages, bien entretenues et d'apparence calme, a constaté une journaliste de l'AFP.

«Je connais le père, c'est un retraité, un gentil monsieur», affirmait un trentenaire devant le magasin de journaux situé au milieu des immeubles. Quant au jeune homme expulsé jeudi vers l'Algérie, «c'est quelqu'un que je respecte», a ajouté l'homme, sans vouloir en dire davantage.

«Ici à Albertville, l'Islam est impeccable»

Selon des riverains, l'Algérien fréquentait la mosquée du quartier: «je le connais, il va à la mosquée, il ne faut pas dire que c'est un terroriste, c'est pas vrai!» affirmait un monsieur d'une soixantaine d'années, de confession musulmane, devant l'édifice religieux discret, qui s'apprêtait à célébrer la prière du vendredi.

«Ici à Albertville, l'Islam est impeccable» affirmait encore cet homme qui, comme toutes les personnes interrogées, refusait de dire son prénom et nom. Interrogée à la porte de la mosquée, une femme voilée a dit à l'AFP ne pas être au courant de l'affaire, critiquant «la presse qui nous bombarde comme en Syrie».

Joint au téléphone, le procureur d'Albertville s’est refusé à toute information supplémentaire, renvoyant au ministère de l'Intérieur.Selon ce dernier, le suspect a été interpellé en mars en Turquie dans un car convoyant un groupe vers la Syrie, avant d'être remis aux autorités françaises, qui ont immédiatement procédé à son expulsion dans la matinée de jeudi.

«Il était normal»

Il est lié à des «membres de la mouvance islamiste radicale qui ont été impliqués dans le recrutement d'individus pour intégrer des filières jihadistes à destination de l’Afghanistan et de la Syrie», avait affirmé l'Intérieur dans un communiqué jeudi. L’Algérien connaissait deux hommes, habitant comme lui en Savoie (est de la France), qui avaient été condamnés en février 2011 à trois ans de prison pour avoir organisé l'envoi de jihadistes en Afghanistan, a détaillé une source proche du dossier.

L’Algérien a été renvoyé par les autorités turques mercredi soir à Lyon et expulsé immédiatement jeudi matin vers son pays natal, a ajouté cette source.Selon un de ses proches qui se présente comme l'un de ses cousins à Albertville, interrogé par l'AFP jeudi soir, «il était +normal+. Il était en formation maçonnerie» quand il le croisait il y a «trois-quatre mois» en ville.

«J'ai été étonné de le savoir parti pour la Syrie et depuis, je n'ai plus eu de nouvelles de lui», a-t-il encore indiqué en précisant que son cousin avait une épouse et une petite fille en Algérie. Rien n'a filtré sur le sort des cinq de ses proches, également originaires d'Albertville, arrêtés en même temps que lui et qui ont été expulsés de Turquie vers la France.