Des résidus de pesticides retrouvés dans les cheveux d'écoliers en milieu agricole

ETUDE L’association «Génération future» vise à alerter sur les risques d’exposition aux produits perturbateurs endocriniens…

Romain Scotto

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La France a bien du mal à se passer des pesticides, dans l'agriculture qui en consomme plus de 90% mais aussi, plus étonnant, jusque dans les cimetières de Paris devenus les derniers bastions du tout chimique face aux herbes folles.
La France a bien du mal à se passer des pesticides, dans l'agriculture qui en consomme plus de 90% mais aussi, plus étonnant, jusque dans les cimetières de Paris devenus les derniers bastions du tout chimique face aux herbes folles. — Philippe Huguen AFP

Les mèches de cheveux des enfants ont parlé. Une étude menée par l’association «Génération future» sur des écoliers en milieu agricole révèle la forte présence de pesticides dans leur organisme. Ils sont assimilés à des perturbateurs endocriniens. Selon les résultats, une moyenne de 21,52 résidus par échantillons est avancée. Un chiffre alarmant alors que Ségolène Royal,  la nouvelle ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie, a fait de la lutte contre ces produits l’un de ses principaux chantiers.

Quels produits retrouve-t-on chez les enfants? 

Vu le nombre de substances évoquées, François Vieillerette, porte-parole de l’association et auteur de l’étude, parle d’un cocktail capillaire très important. Les enfants portent non seulement les traces de pesticides apportés par leur environnement ou leur alimentation, mais aussi des produits d’origine non-agricole, comme la perméthrine, ou le filpronil, un tueur d’abeilles interdit depuis plusieurs années qu’on retrouve désormais dans les maisons sous forme d’antipuces pour animaux. «Quand les gamins caressent leur chien, ils s’intoxiquent», indique Viellerette. L’auteur évoque aussi des traces de vieux produits chlorés interdits comme l’endosulfan qui touche tous les enfants dans des proportions variables. Au total, l'analyse des 29 échantillons fait ressortir 624 résidus de pesticides suspectés d'être des perturbateurs endocriniens.

Quels sont les risques? 

Si les résidus sont présents dans les cheveux, cela signifie que les enfants y ont forcément été exposés. Et ce, dans un laps de temps assez long. «Les perturbateurs endocriniens agissent différemment des polluants classiques. A faible dose, sur des organismes sensibles.» Le jeune public doit être protégé dans la mesure où ces produits pourraient être responsables de cancers. En interférant avec les glandes endocrines sécrétant les hormones, ils sont aussi soupçonnés d'agir sur la fertilité, la croissance, le comportement et le psychisme. L'un des plus connus, le bisphénol A, utilisé dans le revêtement des boîtes de conserve et d'objets en plastique, est la cible d'une interdiction qui entrera en vigueur au 1er janvier 2015 en France. Il a été banni en 2013 des objets destinés aux enfants de moins de trois ans.

Quelle réponse politique?

 A travers cette étude choc, l’association compte évidemment avertir les autorités. François Vieillerette évoque un règlement de 2009 qui n’est toujours pas appliqué à l’échelon européen. «On a voulu faire ce travail pour rappeler à la Commission européenne qu’elle doit appliquer son règlement au lieu d’écouter les industriels, les lobbies.» La Suède a déjà menacé de poursuivre la Commission devant la Cour de justice européenne pour que les dispositions soient appliquées. En France, la stratégie nationale sur les perturbateurs endocriniens a été dévoilée mardi par la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal. Annoncé en septembre 2012 lors de la conférence environnementale et élaboré en concertation avec les ONG, ce plan d'action vise à «protéger davantage la santé des Français et mieux anticiper les risques», indique la ministre.