«Ploom», la nouvelle cigarette qui inquiète les tabacologues

SANTE Ce nouveau produit repose sur un principe de vaporisation de tabac...

Romain Scotto

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La cigarette de marque Ploom, présentée en juillet 2013 à San Diego.
La cigarette de marque Ploom, présentée en juillet 2013 à San Diego. — Gabriel Olsen / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

S’il y avait un infime espace marketing à exploiter au rayon des cigarettes, le voici comblé. «Ploom offre une expérience du tabac unique, différente de la cigarette électronique et des cigarettes traditionnelles.» Avec son nouveau produit, distribué par les buralistes parisiens depuis deux semaines, le cigarettier Japan Tobacco International (Camel, Winston) entend innover sur un marché où il est de plus en plus question de «vapotage». Dans le cas présent, on parle plutôt de «vaporisation».

«Avec ce nouveau produit, on peut consommer du tabac en capsules en le chauffant, sans avoir de combustion. Et contrairement à la cigarette électronique, il n’y a pas de liquides, c’est du vrai tabac qui est vaporisé», avance le président du cigarettier. Une vapeur se crée donc en chauffant du tabac, à la différence de la cigarette électronique qui dégage sa vapeur en chauffant un liquide. Pour satisfaire tous les goûts, Ploom se décline en capsules (Menthol, un parfum doux ou plus épicé).

Un stratégie masquée de l'industrie du tabac

Pour Joseph Osman, directeur de l’Office français de prévention du tabagisme (OFT), cette nouvelle cigarette est accueillie «avec beaucoup de circonspection.» Ce qui inquiète le militant antitabac est sa facilité d’utilisation puisqu’elle n’utilise pas de liquides. Mais aussi sa propension à ramener vers la cigarette classique des fumeurs égarés ou en phase d’arrêt. Le tabacologue voit dans la commercialisation de ces cigarettes un coup à deux bandes particulièrement pernicieux de la part de l’industrie du tabac qui, dans le même temps, aurait aussi racheté certains brevets de cigarettes à liquides: «On peut se demander si le rachat de ces brevets n’est pas fait pour bloquer les ventes de cigarettes à base de liquides pour pousser sur le marché les cigarettes électroniques à base de tabac chauffé.»

Une théorie du complot qui s’ajoute à la question de sa nocivité. Comme sa cousine électronique, cette nouvelle cigarette ne produirait ni goudron, ni monoxyde de carbone, responsables des maladies pulmonaires et cardio-vasculaires. Mais la présence de tabac est synonyme de nicotine, ce qui est source d’accoutumance. Cette dépendance tabagique inquiète particulièrement le professeur Dautzenberg, professeur en pneumologie à la Pitié-Salpêtrière, cité par le Nouvel Obs: «Quand on allume une capsule, elle dure dix minutes. Les consommateurs doivent donc prendre toute la dose dans un délai très court. Or, c’est justement ce type de consommation qui créé l’addiction.»

Premières études en octobre

Au-delà de ces constats, difficile d’en dire plus. «On n’a pas de recul pour dire avec certitude si elle est plus ou moins dangereuse que les autres cigarettes», indique le directeur de l’OFT. Les premières études fiables (et parfois contradictoires) étant prévues pour octobre. En attendant, les tabacologues ne voudraient pas que ce vaporisateur face office de produit alternatif, comme cela avait été le cas avec l’apparition des cigarettes à filtres, ou light. «Des outils marketings» selon Joseph Osman, qui n’a pas l’intention de se faire enfumer.