Air cocaïne: «Mon mari est un otage politique»

William Molinié

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Illustration d'une prise de cocaïne
Illustration d'une prise de cocaïne — Simon Webster / Rex Fea/REX/SIPA

Son mari, Pascal Fauret, est en détention provisoire depuis 13 mois. Il est l’un des trois pilotes du Falcon 50 dans lequel ont été retrouvés les 700 kg de cocaïne sur le tarmac de l’aéroport de Punta Cana (République Dominicaine). Depuis la France Sabine Fauret s’active pour faire libérer son mari. Elle espère que l’audience de vendredi sera la bonne…

Qu’attendez-vous de l’audience de demain?

Ça fait huit fois que celle-ci est renvoyée. On veut qu’elle se tienne. J’ai le sentiment qu’on est un peu plus près du but. Mais nous ne sommes pas à l’abri d’un énième renvoi ou d’une nouvelle surprise avec des vices de procédure. J’espère qu’on va lui autoriser la liberté conditionnelle. Cela fait 13 mois qu’il est incarcéré, qu’il se dit innocent et surtout qu’il n’a pas été entendu une seule fois. La question est de savoir le montant de la caution qu’on va nous demander contre la liberté. Si on nous réclame 500.000 euros, autant dire qu’on ne les a pas. Les Dominicains, eux, sortent avec 200 euros…

Avez-vous eu votre mari au téléphone? Comment va-t-il?

Je l’ai eu dans la matinée [jeudi matin]. Il s’est forgé une carapace contre le stress. En prison, il est dans 10 m2, assis par terre et a pour seule alimentation du riz et des haricots rouge. Une fois tous les quinze jours, il se paye un poulet rôti qui vaut une fortune. Il n’a pas de laitage, pas de légumes.

Votre mari est-il innocent?

Oui, il n’a jamais su ni voulu acheminer de la drogue. Mais à la rigueur, ce n’est même pas la question en ce moment. En treize mois, il n’a pas été entendu une seule fois. On demande simplement qu’il puisse avoir la parole au cours de cette audience. Sur le fond, si la justice a quelque chose contre lui, qu’elle le mette en prison. Si elle n’a rien, qu’elle le relâche. C’est insupportable.

Avez-vous l’impression d’être soutenu par l’Etat français?

On a été reçus par les équipes du Quai d’Orsay. On verra vendredi si les pressions ont été efficaces. S’il ne se passe rien, je taperai du poing sur la table. La République Dominicaine est complètement corrompue. Mon mari est tombé dans un piège au cœur d’un règlement de comptes entre hauts fonctionnaires dominicains. C’est un otage politique. Il va falloir que le gouvernement français s’implique davantage officiellement.

Même s’il est libéré sous caution, il n’aura sans doute pas le droit de quitter le territoire…

Oui. Mais il paraît qu’il y a un bon lycée français là-bas. On déménagera pour aller vivre avec lui. On n’a plus de salaire. Je ne sais même pas s’il pourra retrouver du travail en rentrant en France. Si ce vendredi, on ne voit pas d’avancée, j’ai peur qu’on soit parti pour dix ans de détention.