Comment l’open data bouleverse nos habitudes

TECHNOLOGIE Alors que s’ouvre ce jeudi la première Conférence de Paris sur l’ouverture des données publiques, «20 Minutes» fait le point sur la révolution open data…

Nicolas Beunaiche

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Capture d'écran du site Vroomvroom.
Capture d'écran du site Vroomvroom. — 20 Minutes

A New York, il a fait chuter le taux de criminalité en facilitant la réorganisation des patrouilles de police en fonction des statistiques. Aux Philippines, après le passage du typhon, il a permis de cartographier la région sinistrée et d’améliorer ainsi les secours. Encore méconnu, l’open data -en français l’ouverture des données publiques- est en train de changer le monde. Et la France n’est pas en reste. Transports, logement, politique… L’open data a déjà commencé à révolutionner nos vies.

Un développement «monstrueux»

A l’origine, il y a une idée simple: ouvrir les tiroirs des institutions et offrir à qui le veut des données publiques, comme autant de petits secrets d’Etat. C’est ainsi qu’en janvier, l’Assemblée nationale a publié le détail des subventions accordées par les députés au titre de la réserve parlementaire. Une opération transparence qui a permis aux électeurs de savoir à quelles associations ou à quelles communes leur élu a donné des fonds.

«L’open data, c’est un outil de la vie démocratique», résume Henri Verdier, directeur d’Etalab, chargé de prêcher la bonne parole en France. Sur le Web, les sites nosdeputes.fr et nossenateurs.fr en ont même fait une mission. A quelles séances nos élus ont-ils participé? Qu’ont-ils voté? Rien ne leur échappe. A l’échelle locale, des associations se sont également saisies des données publiques. «Aujourd’hui, des riverains peuvent aller voir leur maire pour lui demander de modifier la signalisation d’un carrefour si elle est dangereuse, explique Henri Verdier. Les chiffres rendent la discussion précise, pas idéologique.»

Ils permettent aussi tout un tas d’innovations pratiques. «Actuellement, le développement des services est monstrueux», ose même Eduardo Larrain, créateur de kelquartier.com. En 2010, il a lancé son site avec un concept original: rassembler des données essentielles sur plus de 40.000 quartiers (les arrêts de bus, les écoles, les loisirs…) pour aider les particuliers souhaitant déménager. Une idée commerciale qui lui est venue sur le tard, assure-t-il. Au départ, «on voulait simplement changer le monde».

La santé, secteur d’avenir

Changer le monde, c’est pourtant ce que font, à des degrés divers, de nombreux sites et applications nés de l’open data. Ainsi Handimap permet-il, à Rennes et Montpellier, de calculer des itinéraires pour les personnes à mobilité réduite. Tout ça grâce aux données géographiques publiques. Tout aussi utile, Vroomvroom vous aide à choisir la meilleure auto-école près de chez vous en fonction du taux de réussite de chacune à l’examen du permis de conduire. Quant à Tranquilien, il indique aux Parisiens le taux de remplissage des trains heure par heure, ligne par ligne, pour améliorer leur confort, en croisant les données publiques avec celles fournies par les usagers. «Quand l’Etat lâche des données et que les citoyens les complètent par ce qu’ils savent, la rencontre de ces deux savoirs est incroyablement forte», se félicite Henri Verdier.

L’avenir a également de quoi réjouir le patron d’Etalab. Car les données non encore publiées sont autant de services à inventer. «L’immobilier, les transports, le tourisme et surtout la santé sont les secteurs où il y a le plus de choses à faire», avance Eduardo Larrain. Une liste que valide Henri Verdier, et à laquelle il ajoute l’éducation… et une autre prédiction. «Demain, on pourra peut-être aussi aller plus loin et dire: "Cette information n’existe pas mais trop de gens en ont besoin, il faut la fabriquer".» La révolution ne fait que commencer.