Baisse de la vitesse à 80 km/h: «J’appelle cela l’exploitation de la répression»

SECURITE ROUTIERE Le commissaire Philippe Vénère, intervenant d'un colloque ce mardi au Sénat, s’indigne contre la proposition de diminuer la vitesse sur les routes secondaires…

William Molinié

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Paris, 14 septembre 2010. - Le commissaire divisionnaire a la retraite Philippe Venere.
Paris, 14 septembre 2010. - Le commissaire divisionnaire a la retraite Philippe Venere. — Sébastien Ortola / 20 Minutes

Dix jours après les manifestations de «motards en colère» contre la baisse de la vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires, les opposants à ce projet se réunissent mardi au Sénat pour «sensibiliser les parlementaires». Selon les experts, cette recommandation pourrait épargner 450 morts chaque année. Le 16 mai, le Comité national de la sécurité routière (CNSR) donnera un avis consultatif…

L’ancien commissaire de police Philippe Vénère est un des intervenants de ce colloque. Cet ex-flic atypique explique à 20 Minutes les raisons pour lesquelles il s’oppose à ce projet.

Pourquoi êtes-vous contre la baisse de la limitation de vitesse?

C’est une absurdité qui repose sur aucun chiffre tangible et vérifié. Les partisans de la limitation s’appuient sur aucune réalité scientifique. Depuis 2003, les radars ont sauvé moins de 800 vies en dix ans. Autrement dit 80 par an. Je suis heureux qu’il y ait moins de morts. Mais on a sauvé plus de vies humaines grâce aux progrès techniques des voitures (ABS, Air bag, ceintures de sécurité…) qu’en baissant la vitesse.

Sur le périphérique, la vitesse a été ramenée à 70 km/h…

Oui et la pollution a-t-elle baissé? Non. A la place, on a 1.200 PV de plus chaque jour lié à la vitesse. Ce n’est pas de la prévention. J’appelle cela l’exploitation de la répression. Quand un radar fait moins de 5 PV par jour, on envoie des équipes pour voir s’il n’a pas été vandalisé ou si on peut le mettre ailleurs. Preuve qu’on est dans une logique de rentabilité.

Alors que faut-il faire pour baisser la mortalité sur les routes?

Il faut en premier lieu apporter une meilleure formation aux apprentis conducteurs et pourquoi pas en organisant une remise à jour pour les conducteurs âgés. Ensuite, il faut améliorer l’état des routes secondaires en forçant l’Etat à s’y engager à nouveau. Enfin, plutôt que d’installer un radar sur les zones à risques, pourquoi ne pas faire en sorte que les risques ne soient pas pris. En créant des terre-pleins centraux, en équipant de pistes cyclables les bas-côtés, en assurant une présence physique des policiers et gendarmes sur les routes…

La vitesse n’est donc jamais responsable?

Elle vient en quatrième position des causes d’accidents mortels. Au même titre que la fatigue ou l’inattention au volant. Avant, il y a l’alcoolémie, la toxicomanie et les infractions graves au code de la route. C’est à ces facteurs-là qu’il faut s’attaquer en premier.

Alors pourquoi les associations de victimes de la route pointent du doigt la vitesse?

Elles sont en plein dans le dogme. On les a endoctrinées en leur disant que depuis 1972, le nombre de morts a baissé car on a réduit la vitesse. Ce qui est totalement faux. Si l’accidentologie mortelle a baissé, c’est grâce à une très grande progression dans la sécurité des véhicules. D’ailleurs, les fous du volant qui veulent appuyer sur le champignon n’ont rien à faire qu’on abaisse la vitesse à 80 km/h.

Manuel Valls veut passer sous la barre des 2.000 morts d’ici à 2020. Est-ce possible?

Ce n’est pas possible. En tout cas pas si on s’en tient uniquement à la vitesse. Il va falloir surtout s’intéresser de près aux alcooliques.