Toilettage canin, drague, rangement: Il est possible de se faire coacher pour tout

TENDANCE Le secteur du coaching auprès des particuliers connaît un développement anarchique…

Vincent Vantighem
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Une séance de coaching où une femme apprend à se relooker.
Une séance de coaching où une femme apprend à se relooker. — Boris Horvat afp.com

«Notre coach vous aidera à vous perfectionner dans la tonte et le toilettage régulier de votre animal chéri.» Quand il a découvert cette plaquette par hasard, Thierry Gaches a soupiré une fois de plus. Le président de l’Ecole européenne de coaching (EMCC) commence à être habitué aux entreprises les plus loufoques qui fleurissent dans le domaine du coaching.

«Les gens ont besoin d’être rassurés»

Le toilettage canin n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Apprendre à draguer, gérer ses factures, ranger son appartement ou simplement prendre confiance en soi: il est possible de se faire coacher pour tout et n’importe quoi aujourd’hui.

>> Témoignage: Quand le coach drague pour vous sur Internet

Issu du monde sportif à la base, le coaching a d’abord envahi le domaine de l’entreprise avant de s’attaquer à celui du particulier. «Les gens ont besoin d’être rassurés, assure Marie-Sabine, 38 ans, coach de couture qui propose de l’accompagnement individuel depuis six ans à Lyon (Rhône). Ils n’osent pas se lancer, seuls, dans un ouvrage. Mais avec un professionnel à côté, pourquoi pas…»

«Posez une plaque sur votre porte, vous êtes coach!»

Le mot «professionnel» fait sourire Thierry Gaches. Face au développement anarchique du phénomène, l’Ecole européenne de coaching a établi une charte précise avec les autres associations du secteur.

>> Et vous, dans quels domaines aimeriez-vous être coachés?

«Aujourd’hui, le métier n’est pas réglementé, précise-t-il. Si vous posez une plaque sur votre porte, vous êtes coach!» Pourtant, il existe plus de 80 programmes de formation au coaching en France. D’après les associations, il y aurait environ 5.000 professionnels, dont 3.500 exerçant à temps partiel. «Notre charte permet donc aux consommateurs de faire la distinction entre les vrais coachs qui ont été formés et les autres…», précise Thierry Gaches.

«J’ai découvert que j’adorais le ménage!»

Sabrina* fait partie des «autres». Cadre dans l’automobile, elle s’ennuyait mortellement dans son boulot. Après avoir posé sa démission, elle a commencé par faire un grand ménage de printemps dans sa maison. «J’ai découvert que j’adorais ça!», lâche-t-elle. A tel point qu’elle a créé son entreprise de coach en rangement.

Si la jeune femme avoue devoir parfois «ranger les petites culottes des millionnaires dans leurs armoires», elle explique qu’elle passe le plus clair de son temps à donner des conseils pratiques aux clients pour 40 euros de l’heure. «Les gens sont débordés et nous sommes dans une société d’assistés, revendique-t-elle. Cela me rend optimiste pour la suite de ma carrière…»

«Cela reste coûteux pour les particuliers»

Scarlett Salman n’en est pas aussi persuadée. Si elle a consacré l’essentiel de son travail au coaching en entreprise, cette chercheuse en sociologie au Laboratoire Techniques, Territoires et Sociétés (Latts) a eu le temps d’apercevoir les limites du coaching aux particuliers. «Dans le monde de l’entreprise, le coaching est en partie financé par la formation professionnelle. Mais il reste coûteux pour les particuliers…»

Et donc risqué pour les professionnels qui se lancent. Installé à côté de Dijon (Côte d’Or), David avoue ainsi que son coaching en toilettage canin «ne fonctionne pas du tout». Le jeune homme s’est donc recentré sur son activité de dresseur. «Je donne surtout des conseils aux maîtres, rigole-t-il. C’est aussi une forme de coaching, non?»

*Le prénom a été changé