«Comment voulez-vous qu’une militaire harcelée se confie à une cellule de l’armée?»

INTERVIEW Avocate spécialisée dans la défense des militaires victimes de harcèlement, Elodie Maumont réagit au plan d’actions dévoilé ce mardi par Jean-Yves Le Drian…

Propos recueillis par Vincent Vantighem

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Une femme intervenant dans le cadre des missions de l'armée française en Côte d'Ivoire.
Une femme intervenant dans le cadre des missions de l'armée française en Côte d'Ivoire. — JACK GUEZ / AFP

Pas plus tard que ce matin, elle a encore reçu, dans son cabinet, un militaire victime de harcèlement. Avocate, Elodie Maumont s’est fait une spécialité de défendre les militaires victimes de harcèlement sexuel ou moral. Elle réagit au plan d’actions dévoilé, ce mardi matin, par Jean-Yves Le Drian.

» Les Faits: Jean-Yves Le Drian déclare la guerre au harcèlement sexuel.

Que pensez-vous des dix mesures annoncées par le ministre de la Défense pour lutter contre le harcèlement dans l’armée?

Je reconnais que c’est un bon signal. Mais je ne crois pas en l’efficacité de toutes les mesures. Certaines annonces me laissent sceptiques.

Lesquelles?

Tout d’abord la cellule d’écoute et d’enquête Thémis qui est censée recueillir les plaintes des femmes militaires victimes de harcèlement sexuel. Comment voulez-vous qu’une victime de harcèlement dans l’armée aille se confier à une cellule qui dépend de l’armée! Il aurait fallu mettre en place un dispositif extérieur et indépendant.

Vous craignez que l’armée n’étouffe les affaires?

Je ne le crains pas, je le constate! Pas plus tard que ce matin, j’ai reçu un militaire victime de harcèlement moral. A partir du moment où il a dénoncé les faits, il a été changé de service de force. Ses supérieurs ont tout fait pour le pousser à bout. Aujourd’hui, il est en arrêt maladie.

D’après le ministre, le commandement doit justement être formé à accompagner les victimes…

Là aussi, il y a quelque chose qui m’échappe. J’ai lu les déclarations du ministre qui précise que le commandement, en lien avec la victime, doit prendre une décision quant à l’opportunité des poursuites vis-à-vis des auteurs présumés des faits. Faut-il rappeler en France que seul le procureur de la République a l’opportunité de décider des poursuites. Ce n’est pas à un commandant de décider de ça.

Il y a tout de même des mesures intéressantes dans ce plan?

Oui, notamment l’inscription du délit de harcèlement dans le Code de la Défense qui va permettre aux victimes d’attaquer leur employeur, c’est-à-dire l’Etat. Mais je me dis que de temps perdu! Que de victimes non soutenues! J’ai envoyé un nombre incalculable de courriers au ministre depuis 2012. Tout ça aurait pu être fait bien plus tôt…

Un plan cohérent pour l’Association de défense des droits des militaires

Contacté par 20 Minutes, Jacques Bessy, le président de l’Association de défense des droits des militaires (Adefdromil) juge «cohérent» le plan d’actions du ministre. «Ca semble prendre la mesure du phénomène même si je regrette que tout cela n’a pas été fait avant. Le harcèlement figurait dans les chantiers sur lesquels nous avions alertés Jean-Yves Le Drian dès son arrivée, en 2012…»