Les frais de concours d'entrée des grandes écoles sont-ils un frein à leur mixité sociale?

EDUCATION Pour augmenter leurs chances d’intégrer une grande école, les étudiants doivent tenter plusieurs concours et débourser des sommes conséquentes pour s’y inscrire…  

Delphine Bancaud

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Le campus de l'école des Hautes Etudes Commerciales (HEC), à Jouy en Josas, près de Paris.
Le campus de l'école des Hautes Etudes Commerciales (HEC), à Jouy en Josas, près de Paris. — PIERRE-FRANCK COLOMBIER / AFP

La semaine prochaine auront lieu les écrits des concours d’accès à plusieurs grandes écoles. Pour maximiser leurs chances d’intégrer un de ces établissements prestigieux, les étudiants présentent souvent plusieurs concours. 

«Ceux qui postulent aux écoles de commerce, passent en moyenne sept concours différents et ceux qui visent une école d’ingénieurs tentent généralement deux concours», observe Francis Jouanjean, délégué général de la Conférence des grandes écoles (CGE).

Des concours gratuits qui sont rares

Des démarches qui finissent par leur coûter cher, car rares sont les écoles à l’instar des ENS (écoles normales supérieures), où les concours d’entrée sont gratuits. L’inscription à des concours communs à plusieurs écoles peut coûter de 100 à 400 euros et lorsqu’un établissement organise ses propres épreuves, les tarifs varient entre 80 et 150 euros. 

«Un étudiant qui présente plusieurs concours va facilement en avoir pour 800 ou 1.000 euros», reconnaît Francis Jouanjean. «La note est d’autant plus salée pour les étudiants, qu’ils doivent aussi souvent y ajouter des frais de transport et d’hébergement, lorsque les épreuves ne se déroulent pas dans leur ville», souligne William Martinet, président de l’Unef.

La gratuité pour les boursiers

Pour justifier ces tarifs, les grandes écoles insistent sur le coût d’organisation d’un concours: «Il faut préparer les épreuves, prévoir leur surveillance et leur correction. Voire la location de salles. Certaines écoles, malgré la participation financière des candidats, ne rentrent pas dans leurs frais», explique Francis Jouanjean. Ces dernières années, en raison de la crise, «les écoles ont aussi veillé à n’augmenter que de façon marginale les frais d’inscription», ajoute-t-il.

Les établissements qui possèdent des chambres dans des campus proposent aussi des nuitées à prix très compétitifs afin de permettre aux candidats de limiter leurs dépenses annexes. Et pour ne pas fermer leurs portes aux candidats issus des familles les plus modestes, la plupart des grandes écoles ont aussi instauré la gratuité des frais de concours pour les boursiers ou un tarif à moitié prix.

L'obligation de faire des choix pour certains

Mais pour William Martinet, les efforts des écoles ne suffisent pas: «Le plafond des revenus familiaux pour être boursier est de 33.100 euros annuel (soit 2.700 euros mensuels). Ce qui signifie que les étudiants issus des classes moyennes doivent payer ces frais de concours élevés et sont obligés de limiter le nombre d’écoles qu’ils vont tenter d’intégrer».

Un phénomène qui contribue, selon lui «à aggraver la sélection sociale dans les grandes écoles, qui accueillent déjà une majorité d’élèves issus des lycées des beaux quartiers». Du côté du ministère de l’Enseignement supérieur, on renonce pour l’heure à faire pression sur les écoles privées pour faire baisser le prix des concours, d’autant que leurs dépenses pour organiser les épreuves sont conséquentes.

Pourtant, selon William Martinet, «certaines écoles reçoivent des subventions de l’Etat, ce qui devrait lui donner un droit de regard sur les tarifs des concours». Pour agir sur le sujet, le ministère a joué sur un autre levier. La réforme des bourses étudiantes à la rentrée 2013 a permis à un plus grand nombre d’étudiants d’en bénéficier… et donc de profiter aussi de la gratuité des concours.

D’autres écoles concernées

Les grandes écoles ne sont pas les seules à faire payer les étudiants pour tenter leurs chances, car les écoles de kinésithérapie, de journalisme, d’informatique, d’arts et les instituts d’études politiques prévoient aussi des frais d’inscriptions au concours.