Médicaments: La confiance des Français en recul

SANTE Même si le secteur pharmaceutique jouit d’un crédit qui reste élevé, la confiance des Français dans les médicaments est en baisse…

Nicolas Beunaiche
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Divers médicaments sous forme de gélules ou de comprimés
Divers médicaments sous forme de gélules ou de comprimés — Loïc Venance AFP

Les scandales sanitaires ont aussi des effets secondaires. Après plusieurs affaires, la confiance des Français dans les médicaments s’est fortement effritée entre 2013 et 2014, révèle ce jeudi le 4e Observatoire sociétal du médicament*, réalisé par Ipsos pour le Leem (groupement des entreprises du secteur pharmaceutique).

Sur l’année écoulée, le taux de confiance des sondés a chuté de 12 points, passant de 87 à 75 %. Une baisse significative, alors que ce même indicateur avait connu une croissance régulière ces trois dernières années. Certes, rappelle Philippe Lamoureux, directeur général du Leem, le niveau de confiance des Français reste encore élevé, bien au-dessus de celui de secteurs comme les télécoms, la grande distribution ou les banques, mais la défiance n’en est pas moins préoccupante.

La «forteresse» attaquée

Elle n’épargne d’ailleurs aucun type de médicament. Ceux que les sondés prennent à titre personnel perdent sept points de confiance, quand ceux qui bénéficient d’une «caution» des pouvoirs publics voient aussi leur crédit s’éroder, de six points pour les médicaments remboursés et de onze points pour les médicaments sur ordonnance. Les inquiétudes des Français sont claires: quand on les interroge sur les informations qui les intéressent le plus sur les médicaments, 71 % d’entre eux citent les effets secondaires et 58 % les contre-indications, tandis que l’efficacité arrive loin derrière (15 %). La «preuve que [cette dernière] n’est pas remise en cause par une majorité des Français», selon Brice Teinturier, d’Ipsos. Un indice, également, des dégâts qu’ont pu faire les affaires à répétition.

Car si le peuple français a tendance à ne pas accorder sa confiance facilement, à l’inverse des Scandinaves par exemple, rappelle Daniel Boy, directeur de recherche au Centre de recherche politique de Sciences Po (Cevipof), il faut évidemment lire aussi dans cette étude l’impact des affaires Mediator, Furosémide, Distilbène ou Diane 35 (et de leur traitement médiatique). A fortiori au pays de Pasteur et Descartes, où la science jouit historiquement d’un énorme prestige. «L’attaque contre la forteresse a été très violente», métaphorise Daniel Boy. Elle ne pouvait donc pas en sortir indemne.

Un mal, des mots

«Il y a un décalage entre le déclenchement de l’affaire Mediator [2009] et cette baisse de la confiance, note cependant Daniel Boy. Il s’explique par le fait qu’au départ, le premier réflexe des consommateurs est la dénégation. On ne croit pas, on écarte. C’est l’accumulation des nouvelles qui a fini par provoquer le basculement.» Un basculement que le système de santé devra retenir, au risque d’éloigner une frange de la population des médicaments et de provoquer des problèmes de santé publique, s’inquiète Philippe Lamoureux.

Pour empêcher l’hémorragie, Brice Teinturier conseille la transparence. «La confiance aveugle n’existe plus. Seul le discours aura des effets à long terme», assure-t-il. Le directeur général du Leem le rejoint sur cette ligne: «Chacun doit jouer un rôle dans le travail de pédagogie: les industriels, les médecins, les lanceurs d’alerte, les autorités…»

Interrogé ce jeudi dans Libération sur la défiance des Français à l’égard des vaccins, eux aussi touchés, le pharmacologue Bernard Bégaud ne dit d’ailleurs pas autre chose. «Il y a eu tellement de non-dits, d’injures, de scandales, qu’il faut réagir fortement et rapidement. Or, depuis des années, c’est le silence. On n’a assisté à aucune campagne d’information et on n’a pas entendu de parole publique forte», regrette-t-il. Il n’y a plus qu’à. Un mal, des mots, le remède est en tout cas connu.

*Etude Ipsos auprès des Français (4ème vague) réalisée par Internet entre le 24 février et le 3 mars 2014: échantillon de 1.017 individus âgés de 18 ans et plus, représentatifs de la population nationale.