Dominique Baudis: Une carrière irréprochable ternie par une «saloperie»

NECROLOGIE Ancien maire de Toulouse, le Défenseur des droits Dominique Baudis est mort, ce jeudi, à l’âge de 66 ans…

Vincent Vantighem
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Dominique Baudis, alors Défenseur des droits, arrive à l'Elysée le 15 mai 2012 à Paris
Dominique Baudis, alors Défenseur des droits, arrive à l'Elysée le 15 mai 2012 à Paris — Lionel Bonaventure AFP

Rompu à l’exercice par quatre années de présentation du journal télévisé, Dominique Baudis n’avait pourtant pas pu contenir son émotion le 18 mai 2003. Le front perlé de sueur, il était venu, ce soir-là de son propre chef sur le plateau de TF1, révéler à Claire Chazal et à la France entière que son nom était cité dans la sordide affaire Patrice Alègre.

«Prendre la calomnie à la gorge»

Devenu notable à Toulouse (Haute-Garonne) par trois mandats de maire, celui qui était alors président du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) était mis en cause par des prostituées. Proxénétisme, viol, actes de tortures, meurtre: elles assuraient que Dominique Baudis avait activement participé à des «soirées barbares» en compagnie du tueur en série Patrice Alègre. «Cette calomnie, je vais la prendre à la gorge, annonçait-il, transpirant, à Claire Chazal. Croyez-moi, je ne baisserai pas les bras tant que je ne saurai pas qui est à l’origine de cette saloperie!»

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C’est sans doute le premier souvenir qui reviendra en mémoire des Français, ce jeudi, en apprenant le décès de Dominique Baudis, à l’âge de 66 ans, des suites d’une longue maladie. Et c’est sans doute une injustice tant cette fausse rumeur a marqué au fer rouge un parcours politique et citoyen sans tâche. «Je pense qu’il ne s’en est jamais complètement remis, témoigne aujourd’hui son «ami», François Bayrou. C’est une chose qui avait été très lourde dans sa vie mais qui le rendait très sensible à l’injustice.»

Elu depuis les années 1970

Comme pouvait-il en être autrement? Maire, député… Elu au Parlement européen et au conseil régional Midi-Pyrénées depuis les années 1970, ce centriste époque UDF avait refusé à plusieurs reprises un maroquin ministériel, préférant se consacrer à sa ville rose et aux préoccupations des Français.

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En 2011, c’est donc tout naturellement que Nicolas Sarkozy pensait à ce «laïcard» pour incarner la nouvelle fonction de Défenseur des droits. Chargé pendant six ans de défendre tout autant les enfants que les victimes de discrimination, il ne rechignait pas à la tâche. «Il se renseigne quotidiennement sur le dossier et s’il faut mettre un coup de pied dans la fourmilière, il le fera», confiait il y a un an, un de ses proches à 20 Minutes, alors qu’il travaillait sur une procédure de discrimination visant des agents de la SNCF.

Il rêvait «d’avoir plusieurs vies»

Séducteur et orgueilleux, celui qui apparaissait comme un «gendre idéal» quand il présentait le journal télévisé rêvait justement d’avoir plusieurs vies. Correspondant de guerre au Liban, homme politique, écrivain et serviteur de l’Etat, il était aussi discret dans sa vie personnelle qu’exposé dans ses différentes vies professionnelles.

Ce jeudi, plus que cette interview transpirante accordée à TF1 en 2003, il aurait aimé que l’on se souvienne que la justice l’avait lavé de tout soupçon deux ans plus tard.