L'Assemblée nationale vote la confiance au gouvernement de Manuel Valls

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Le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone à l'assemblée le 8 avril 2014
Le président de l'Assemblée nationale Claude Bartolone à l'assemblée le 8 avril 2014 —

L'Assemblée nationale a voté mardi la confiance au gouvernement de Manuel Valls par 306 voix contre 239 et 26 abstentions, a annoncé à la tribune son président, Claude Bartolone.

Le nouveau Premier ministre a obtenu largement plus que la majorité absolue des 577 membres de l'Assemblée nationale (289 voix), mais n'a pas fait le total des voix des trois groupes de la majorité (socialistes, écologistes et radicaux de gauche) qui totalisent 325 députés.

Manuel Valls a promis mardi aux Français "vérité" et "efficacité", avec à la clé un big bang territorial et des allègements de charges sur les bas salaires, au service du redressement d'un pays qui ne croit plus en lui-même.

déclaration de politique générale Dans un hémicycle plein à craquer, le nouveau chef du gouvernement, costume bleu nuit, a vécu son baptême du feu en prononçant pendant 47 minutes sa déclaration de politique générale, une semaine après avoir succédé à Jean-Marc Ayrault.

Assurant vouloir "travailler avec la majorité parlementaire sur la base d’un contrat qui nous engage mutuellement" comme une partie du Parti socialiste l'a réclamé ces derniers jours, M. Valls devait obtenir la confiance d'une majorité assez nette de l'Assemblée (la quasi-totalité des députés socialistes et radicaux de gauche, et les deux-tiers des écologistes). Le vote a commencé vers 18H15 et son résultat devait être annoncé peu avant 19H.

Contracté dans les premières minutes, le Premier ministre s'est peu à peu libéré. "Soyons fiers d'être Français !", s'est-il exclamé avant de saluer le fait que "peu de pays" permettent les "plus hautes fonctions" à des citoyens nés à l'étranger. M. Valls, né à Barcelone (Espagne), a été naturalisé français à 20 ans en 1982.

Il a dépeint la situation d'une France marquée par "trop de souffrance, pas assez d'espérance".

 

- 'Zéro charges sur le Smic' -

Appelant la France à se "concentrer sur l'essentiel", le Premier ministre a dessiné ce qui s'apparente à un "big bang territorial". Il préconise ainsi de "réduire de moitié le nombre de régions dans l'Hexagone", avec une nouvelle carte des régions le 1er janvier 2017 si les régions n'ont pas d'ici-là "fusionné par délibérations concordantes". L'ancien ministre de l'intérieur propose aussi la suppression des conseils départementaux en 2021.

Au chapitre économique, il a estimé que "la croissance ne se décrète pas", mais "se stimule" et a égréné un calendrier budgétaire assez précis.

Pour lui, baisser le coût du travail est "un des leviers de la compétitivité". M. Valls a annoncé qu'à partir de 2015, les cotisations patronales à l'Urssaf seraient "entièrement supprimées" sur les salaires au smic.

Les cotisations familiales seront aussi abaissées en 2016 pour les salaires "jusqu'à 3 fois et demi le Smic". Les cotisations famille des travailleurs indépendants baisseront elles aussi.

Au total, le coût du travail baissera bien de 30 milliards d'euros d'ici à 2016, comme l'avait annoncé en janvier François Hollande.

M. Valls, qui a admis que "les feuilles d'impôts (étaient) trop lourdes", a aussi promis un geste fiscal avec des baisses d'impôts de production, comme la "C3S" (contribution sociale de solidarité des sociétés).

La fiscalité "pesant sur les ménages modestes" sera revue à la baisse, a promis M. Valls, évoquant un effort de 5 milliards d'euros "à l'horizon 2017".

Si les écologistes ont finalement refusé de siéger au gouvernement, M. Valls leur a fait un clin d'oeil appuyé, réitérant l'objectif de réduction de la part du nucléaire à 50% d'ici à 2025. Le texte sur la transition énergétique sera bien présenté "avant l'été".

S'il s'est prononcé contre un "euro trop fort" qui pénalise, selon lui, les entreprises, M. Valls a aussi confirmé l'objectif de réduction de la dette, en dépit des voix qui s'élèvent à gauche pour récuser la rigueur budgétaire.

Pour arriver à 50 milliards d'euros d'économies d'ici à la fin du quinquennat, l'Etat sera mis à contribution à hauteur de 19 milliards d'euros, l'assurance maladie à 10 milliards d'euros et les collectivités à 10 milliards. Mais M. Valls est resté vague sur les 11 milliards restants.

- Un geste sur les rythmes scolaires -

Le Premier ministre s'est saisi du dossier sensible des rythmes scolaires, "une bonne réforme". "Cependant, j'ai entendu les remarques de bonne foi venant des élus". Le "cadre réglementaire" sera "assoupli", après une série de concertations.Sans surprise la droite n'a pas été convaincue, même si le Premier ministre l'a invitée à dépasser les clivages partisans sur certains sujets.

Il n'y a pas de changement", a constaté le député UDI Christophe Lagarde. "Il a annoncé beaucoup de dépenses" et "je ne sais pas où il économise les 50 milliards", a-t-il jugé.

L'autorité de Manuel Valls est déjà "profondément atteinte" par le "rétrécissement" de sa majorité, a estimé le président des députés UMP, Christian Jacob.

Le chef de file des députés Front de Gauche André Chassaigne a reproché à Manuel Valls de n'avoir apporté "aucune réponse à la souffrance sociale".

Les annonces sur la réforme territoriale ont suscité des protestations à droite. Mais le président de l'Assemblée des Départements de France, le socialiste Claudy Lebreton (PS) s'est dit lui aussi "abasourdi".

Hors de l'Assemblée, la présidente du FN Marine Le Pen a jugé que "le gouvernement envoie la France dans le mur".