Trouver un emploi lorsqu'on est SDF, ce n'est pas impossible

PRECARITE Un quart des personnes sans domicile travaillaient en 2012, selon une étude de l'Insee parue ce mardi...

Delphine Bancaud

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L'association Emmaus Défi aide les grands exclus à se réinsérer grâce au travail.
L'association Emmaus Défi aide les grands exclus à se réinsérer grâce au travail. — LCHAM/SIPA

Etre sans toit ne signifie pas toujours être sans emploi. Selon une étude de l’Insee publiée ce mardi, un quart des SDF (24 %) occupaient un travail en 2012.

Une réalité qui bat en brèche certains clichés sur cette population, comme le confirme Christophe Robert, délégué général adjoint de la Fondation Abbé Pierre: «L’image du clochard désocialisé qui ne vit que grâce à l’assistanat est dépassée. Aujourd’hui, les SDF sont très souvent des personnes qui ont connu une rupture familiale ou professionnelle, ou bien qui ont rencontré des problèmes de santé. Mais avant d’être à la rue, beaucoup d’entre eux travaillaient».

Des conditions de travail difficiles

Mais être sans domicile semble condamner à des conditions de travail difficiles. Car les SDF occupent presque exclusivement des emplois peu qualifiés: 93 % d’entre eux sont employés ou ouvriers, contre une personne sur deux pour l’ensemble de la population active en France. «Ils travaillent souvent dans le bâtiment, l’hôtellerie-restauration ou les services à la personne», souligne Jérôme Accardo, responsable du département des conditions de vie des ménages à l’Insee.

Des emplois souvent plus précaires que ceux occupés par les personnes qui ont un logement, car 22 % des SDF expliquent ne pas avoir de contrat de travail, 15 % être intérimaires, stagiaires ou saisonniers. «Un quart des sans domiciles actifs travaillent en CDD contre 10 % de la population active française et 40 % d’entre eux occupent un CDI, contre 80 % des travailleurs français», ajoute Jérôme Accardo.

Leurs salaires sont aussi très faibles puisque 85 % d’entre eux gagnent moins de 1.200 euros par mois et 60 % moins de 900 euros, «alors que le salaire médian en France est de 1.700 euros net» souligne Jérôme Accardo.

Une quête de job ardue

Tous les SDF n’ont pas non plus les mêmes chances de décrocher un emploi: «Plus leurs conditions de logement sont stables, plus ils peuvent y parvenir», note Jérôme Accardo, responsable du département des conditions de vie des ménages à l’Insee. Ainsi, 31 % de ceux qui occupent un logement fourni par une association travaillent et 25 % de ceux qui habitent dans un centre d’accueil de jour.

Les chances sont moindres pour ceux qui habitent à l’hôtel, car seulement 21 % d’entre eux travaillent et la proportion d’actif est encore plus réduite pour les résidents des centres d’hébergement (13 %).

Et pour décrocher un emploi, c’est souvent le parcours du combattant. «La plupart d’entre eux cachent à leur futur employeur leurs conditions de logement, afin que ce ne soit pas un frein à leur embauche», souligne ainsi Christophe Robert. Le fait d’être accompagné par une association joue aussi dans l’accès au travail. «Les emplois classiques sont parfois trop exigeants pour les SDF», souligne Charles Edouard Vincent, le directeur d’Emmanus Defi.

Forte de ce constat, l’association a mis en place le dispositif «Premières heures», qui permet aux personnes en situation d’exclusion de reprendre une activité professionnelle à un rythme progressif. «Ils effectuent par exemple des missions de livreur, de manutentionnaire, de montage de meuble et reprennent peu à peu confiance en eux, avant d’aller vers des emplois classiques», explique-t-il. Une méthode qui fonctionne car «l’activité professionnelle est fondamentale pour se réinsérer», insiste Charles Edouartd Vincent.

Un quart des sans domiciles occupent un emploi : note INSEE publié par Fil_Economie