«Le mythe du prince charmant est peut-être le seul qui nous construise tous»

INTERVIEW Le psychiatre et thérapeute du couple Philippe Brenot analyse les attentes des hommes et des femmes dans «Un jour, mon prince…»

Nicolas Beunaiche

— 

Illustration d'un couple s'embrassant dans une chambre d'hôtel.
Illustration d'un couple s'embrassant dans une chambre d'hôtel. — SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

«Un jour, mon prince viendra…» Blanche-Neige a beau avoir pas mal de cheveux gris, le mythe du prince charmant reste encore très vivace, selon le psychiatre et thérapeute du couple Philippe Brenot. Dans un livre qui vient de paraître aux Arènes, il s’appuie sur une enquête menée auprès de 566 femmes et 254 hommes âgés de 17 à 79 ans pour analyser les attentes des uns et des autres. Il répond aux questions de 20 Minutes.

Dans votre livre, vous expliquez que 24 % des femmes croient encore au prince charmant. Quels problèmes cela pose-t-il?

La fatalité vient quand on idéalise tellement le prince charmant qu’on est tétanisé, qu’on ne bouge plus. On n’ose plus faire des rencontres. Cela ne va pas permettre l’épanouissement et là, on va être dans la souffrance. Mais ce que j’explique dans mon livre, c’est que la rencontre, le fait de tomber amoureux, faire durer un couple, tout cela s’apprend. Il y a moins de hasard qu’on le croit dans la rencontre amoureuse. Il y a des gens qui savent mieux le faire que d’autres. L’autre challenge, c’est quand on est en couple. Si on accepte de faire le deuil de la passion, si on accepte que le quotidien sera différent du moment de la rencontre, on pourra arriver à être heureux.

Vous expliquez également que les hommes se trompent sur ce que les femmes attendent d’eux…

Les hommes ont évolué. Les jeunes sont beaucoup plus attentionnés qu’il y a deux générations. Ils savent très bien que la plupart des femmes attendent des attentions, de la douceur. En cela, ils sont moins éloignés d’elles. Mais mon enquête révèle une chose amusante et désolante à la fois: beaucoup d’hommes estiment encore que les femmes attendent un compagnon qui gagne bien sa vie. Et à l’inverse, si la plupart des femmes assurent qu’elles ne recherchent pas quelqu’un qui a de l’argent, elles aiment être invitées. Je raconte notamment l’histoire d’une femme qui rencontre un homme, avec qui elle va dîner. Tout se passe bien, et à la fin du repas, il lui demande: «Alors, on fait comment pour payer?» Et là, elle explique que l’atout charme est tombé. Malgré tout, donc, les femmes attendent quelque chose… C’est compliqué.

La vision traditionnelle du couple est tout de même fragilisée par la banalisation du divorce ou encore les sites de rencontres, qui revendiquent leur côté supermarché. Tout cela ne menace-t-il pas le mythe du prince charmant?

Non, je ne crois pas. Les sites de rencontres sont devenus un passage obligé, surtout après 30 ans, quand on travaille. Mais ils ne menacent pas le mythe du prince charmant. Il va s’épanouir, au contraire. C’est peut-être le seul mythe qui nous construise tous. C’est un archétype très fort, on le retrouve dans plein de civilisations. Et depuis notre enfance, nous avons été construits par cette recette qu’on retrouve dans Blanche-Neige, Pretty Woman, Titanic ou même Shrek. Ce mythe va perdurer parce que perdure ce stéréotype.