Sidaction: «Séropositif, je l'avoue le jour même à chaque personne que je rencontre»

TÉMOIGNAGE La vingtième édition du Sidaction débute ce vendredi 4 avril. Un internaute atteint par le VIH nous explique à quoi ressemble le quotidien d'une personne séropositive...

Christine Laemmel
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Le Sidaction 2012, commencé vendredi et qui a pris fin dimanche soir, a franchi la barre des 4 millions d'euros (4,2 millions) de promesses de dons au profit de la recherche contre le sida, selon les organisateurs, soit 1,1 million de moins qu'en 2011.
Le Sidaction 2012, commencé vendredi et qui a pris fin dimanche soir, a franchi la barre des 4 millions d'euros (4,2 millions) de promesses de dons au profit de la recherche contre le sida, selon les organisateurs, soit 1,1 million de moins qu'en 2011. — Francois Guillot afp.com

«Je suis un séropositif chanceux». Benjamin, 39 ans, a appris qu’il est porteur du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), il y a huit ans. Il fait partie des «contrôleurs», les séropositifs chez qui la maladie ne se développe pas, «pour l’instant». Benjamin ne prend donc aucun traitement. Ce qui ne l’empêche pas de pouvoir transmettre le virus. De quoi compliquer sérieusement sa «vie normale».

Car le VIH est là, tapi au milieu de ses globules et clignotant dans son quotidien, sans interruption. «On y pense tous les jours, décrit Benjamin, quand on se lève, quand on se couche, quand on chahute avec des enfants. On envisage toujours le pire». Chaque geste simple, comme «utiliser des ciseaux», cite l’internaute, nécessite un peu plus d’attention que chez une personne saine. «Un jour je bricolais avec un ami, raconte Benjamin, je me suis coupé, j’ai tout de suite eu un mouvement de recul.»

«Les excuses» derrière la peur de la contamination

Face aux autres, c’est la ruse, quitte à mentir, ou la franchise, quitte à encaisser. «Aux personnes qui demandent pourquoi on ne va jamais aux dons du sang, développe cet internaute, on répond qu’on a la phobie des seringues. Alors que tous les six mois, on va se faire prélever seize tubes à jeun à l’ouverture du labo, avant d’aller au bureau».

Sentimentalement, «je l’avoue le jour même, à chaque personne que je rencontre et avec qui il est question d’aller plus loin, quitte à ce que cela se sache par la suite s’il manque de discrétion.» En réponse, inévitablement, la peur de la contamination, même si beaucoup «ont une excuse».

«C’est normal de faire peur aux jeunes»

«J’ai découvert qu’il est plus facile de souffrir immédiatement que six mois plus tard, quand la question du test se posera alors qu’on sait déjà le résultat. Je n’ai pas envie de trahir quelqu’un, ni de lui faire prendre des risques. Il faut qu’il sache ce qu’on peut faire avec moi sans risques et ce qu’on ne peut pas». La crainte de l’accident ne le quitte pas, «que le préservatif se déchire» et la «ruée aux urgences» qui suivrait pour recevoir un traitement post-exposition».

L’inquiétude est dans les deux camps, chez la personne infectée, celle qui pourrait l’être et dans l’opinion publique. «C’est normal de faire peur aux jeunes», juge Benjamin, rappelant les derniers chiffres inquiétants sur le port du préservatif. «Il faut encourager au dépistage, même si ça fait peur.»