Etre élève dans un lycée mal noté, un handicap pour la scolarité ?

EDUCATION Le ministère de l’Education nationale publie ce vendredi les indicateurs de valeur ajoutée des lycées, qui engendrent une foule de palmarès. Mais être scolarisé dans un lycée mal côté n’est pas forcément de mauvais augure…  

Delphine Bancaud

— 

Une lycéenne
Une lycéenne — Frederick Florin AFP

Etre élève dans un établissement ayant mauvaise réputation va-t-il obérer sa réussite à venir? C’est ce vendredi que le ministère de l’Education nationale publie les indicateurs de valeur ajoutée des lycées relatifs à la session du baccalauréat 2013. Des chiffres qui permettent aux médias de concocter des palmarès, très utilisés par certains parents pour choisir le lycée de leur enfant et tenter de contourner la carte scolaire. Mais qu’advient-il des élèves qui effectuent toute leur scolarité dans un lycée mal réputé. 20 Minutes a interrogé des experts pour faire le point.

Les conditions d’apprentissage sont-elles moins favorables dans un lycée «mal noté»?

Pas forcément, car comme le souligne Catherine Moisan, directrice de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance «il ne faut pas prendre en compte uniquement le taux de réussite au bac d’un établissement, mais aussi sa capacité à garder ses élèves de la seconde jusqu’au bac et à les faire progresser». Car les élèves moyens évolueront souvent mieux dans des lycées ne figurant pas en tête des classements, que dans des établissements plus élitistes, explique Gaëlle Guernalec-Levy, auteur de Jamais dans ce lycée*: «Ces lycées mettent souvent en place des classes de seconde à projet et des cours de soutien. Les pédagogies déployées y sont parfois très innovantes». Quant à l’idée reçue selon laquelle les meilleurs profs seraient l’apanage des lycées élitistes, elle la bat en brèche: «on peut trouver des bons enseignants dans les mauvais lycées et des mauvais dans les bons».

Quelles conséquences sur la psychologie de l’élève?

Etre scolarisé dans un établissement PEU réputé est parfois mal vécu par les élèves: «Certains ont tendance à se conformer à l’image qu’on leur renvoie et donc à s’assimiler à des élèves médiocres. Ils partent battus d’avance, ce qui peut nuire à leur scolarité», observe Gaëlle Guernalec-Levy. «Or, ce n’est jamais une catastrophe, car il est rare qu’un élève assidu n’ait pas son bac, même dans un lycée ayant une mauvaise réputation», souligne-t-elle. Mais ce type d’établissement, où la pression scolaire est faible, peut aussi permettre à certains élèves de s’épanouir. «Il vaut mieux être un bon élève parmi les moyens, qu’un moyen parmi les bons. Cela permet à certains élèves de reprendre confiance en eux et de progresser encore», souligne-t-elle.

Les choix d’orientation sont-ils plus restreints ensuite?

Même si tous les possibles existent après le bac «les élèves des lycées PEU réputés demandent rarement une affectation en classe prépa, ils ne s’y autorisent pas», constate Gaëlle Guernalec-Levy. Une autocensure due aussi à la présentation qui est faite des différentes filières, selon les établissements, observe Agnès Van Zanten, Directrice de recherche au CNRS: «Dans les lycées élitistes, on va davantage mettre l’accent sur l’accès aux grandes écoles, alors que dans des lycées plus défavorisés, on parlera plus des filières universitaires généralistes et des BTS». «Or, les bons élèves peuvent tout à fait obtenir une place en classe prépa, car ce qui compte surtout dans leur dossier ce sont les appréciations des professeurs», affirme Gaëlle Guernalec-Levy. Agnès Van Zanten admet toutefois qu’il sera plus difficile à un bachelier provenant d’un établissement peu réputé, d’intégrer une classe prépa dans un lycée très élitiste «car cela peut constituer un label négatif empêchant la sélection de son dossier». Par ailleurs, elle souligne qu’il aura sans doute plus de mal à suivre que ces camarades issus de lycées plus prestigieux: «car certains établissements préparent leurs élèves aux classes prépa dès la seconde, en allant au-delà des programmes, en enrichissant les exercices».

*Jamais dans ce lycée, Gaëlle Guernalec-Levy, François Bourin Editions, 2012, 20 euros.