Echirolles: Une impressionnante reconstitution du lynchage

JUSTICE Un dispositif policier sans précédent a été mis en place pour la reconstitution du double meurtre de Kevin et Sofiane…

A Grenoble, Manuel Pavard

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Arrivée de l'un des suspects au gymnase Jean Vilar, à Echirolles, juste avant la reconstitution du double meurtre de Kevin et Sofiane.  Lancer le diaporama
Arrivée de l'un des suspects au gymnase Jean Vilar, à Echirolles, juste avant la reconstitution du double meurtre de Kevin et Sofiane.  — Jean-Pierre Clatot / AFP

Un dispositif policier sans précédent a été mis en place ce jeudi soir, dans le quartier des Granges, à Echirolles (Isère), pour la reconstitution des meurtres de Kevin et Sofiane, ces deux jeunes Echirollois de 21 ans lynchés et tués à coups de couteau, le 28 septembre 2012, par une bande de jeunes venus de la cité voisine de la Villeneuve, à Grenoble. Un crime d’une extrême violence, pour un motif futile –un mauvais regard avait été à l’origine d’une première bagarre– qui avait ému la France entière. 

Le quartier des Granges bouclé

Près de 300 policiers et gendarmes ont été mobilisés pour cette reconstitution, qui doit durer jusqu’au petit matin: trois compagnies de CRS, un escadron de gendarmerie, 70 effectifs locaux, 45 gendarmes accompagnant les personnes incarcérées, ainsi que le GIPN (Groupement d’intervention de la police nationale).

Depuis 17h, une grande partie du quartier des Granges a été bouclé. Les accès à l’Allée d’Aquitaine et au parc Maurice-Thorez - le lieu du drame - sont ainsi totalement bloqués et le gymnase Jean Vilar a été réquisitionné pour réunir les 15 suspects et leurs avocats. Des mannequins remplaceront les victimes tandis que les armes utilisées (couteaux, manches de pioche, battes de base-ball, pistolet à grenaille, bouteilles en verre…) seront figurées par des armes factices.

Quinze suspects mis en examen dont onze détenus

Un peu avant 19h, plusieurs fourgons de gendarmerie sont arrivés à l’entrée du gymnase, protégé par des CRS et des barrières, sous les regards de plusieurs dizaines d'habitants du quartier. A bord, 11 des 15 suspects mis en examen, tous écroués dans le cadre de l’enquête. Sur les quatre personnes libres, une seule s’était présentée en début de soirée, avant d’être rejointe plus tard par les trois autres.

«Chacun des mis en cause va pénétrer à l’intérieur du gymnase et s’entretenir avec son avocat, précise le commissaire Joël-Patrick Terry. Ils ont interdiction de communiquer entre eux. Ensuite, ils seront extraits un par un du gymnase et décideront de participer ou non à la reconstitution», faite au moyen de «plastrons avec les initiales [des victimes]».

«Versions contradictoires»

Présent sur les lieux, Me Florent Girault défend deux suspects aux «stratégies différentes. Le premier dit qu’il n’était pas sur la scène de crime en fin de journée, donc il ne participera pas à la reconstitution, explique l’avocat. Le deuxième reconnaît être présent mais reconstituera sa propre version: il aurait échangé des coups mais n’aurait pas fait l’usage d’une arme.» L’opération, menée sous l'autorité de trois juges d'instruction présents aux côtés du vice-procureur Laurent Becuywe, s’est achevée vers 6h, ce vendredi matin, sans incident, selon une source policière.

Me Francis Szpiner, l’avocat des familles des victimes, a jugé cette reconstitution «utile car on a eu la confirmation qu’il y avait des versions contradictoires. Beaucoup minimisent ou disent qu’ils ne se souviennent pas.» L’avocat a également relevé une «part d’insolence» chez certains prévenus, qui restent pour la plupart dans le déni.

>> A quoi sert une reconstitution? Réponse par ici