Montigny-lès-Metz: Le procès de Francis Heaulme renvoyé

JUSTICE La mise en cause d'Henri Leclaire dans ce dossier a finalement forcé la cour à renvoyer, ce mardi, l'examen de ce dossier...

Vincent Vantighem
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Francis Heaulme.
Francis Heaulme. — DAMIEN MEYER / AFP

De notre envoyé spécial à Metz,

Avocats des parents des victimes. Avocats de Francis Heaulme. Tout le monde s’est rendu à l’évidence. Gabriel Steffanus, le président de la cour d’assises de Moselle, à Metz, a annoncé, ce mardi après-midi, le renvoi sine die du procès de Francis Heaulme, jugé pour le double meurtre de Cyril Beining et Alexandre Beckrich, tués à coups de pierre à Montigny-lès-Metz par un «dimanche ensoleillé» de septembre 1986.

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Comment pouvait-il en être autrement après une journée marquée par différents témoignages mettant en cause directement Henri Leclaire? Appelé à la barre, ce mardi, cet homme âgé de 66 ans a été incapable de répondre aux questions que la cour lui a posées, se contentant de nombreux «Je ne sais plus». Mais différents témoins s’en souviennent. Se déclarant tardivement, ils l’ont directement mis en cause dans cette énigme que la justice n’est pas parvenue à résoudre en vingt-sept ans. «Il existe désormais des indices graves et concordants contre Monsieur Henri Leclaire», a résumé l’avocat général.

«Demandez-lui s’il a tué Henri IV»

La suite de la procédure est simple. On prend les mêmes et on recommence. A savoir, le procureur de la République de Metz qui a désormais la liberté d’ouvrir une information judiciaire contre Henri Leclaire. «Interrogatoire de personnalité, expertise psychiatrique, cela va prendre deux ans au bas mot, a déploré Thomas Hellenbrand, l’avocat d’Henri Leclaire. Mon client a été incapable de répondre car il ne veut décevoir personne. Demandez-lui s’il a tué Henri IV. Il vous dit oui pour vous faire plaisir.»

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Dans l’attente d’une réponse de la justice, les parents de Cyril et Alexandre ont accepté la décision, bien malgré eux. «Tant que cela ne dure pas 27 ans de plus…» confie Gabrielle Beining, la maman du petit Cyril. «J’étais dans cette même salle en 1989 pour la condamnation de Patrick Dils, a déploré, de son côté, Dominique Rondu, avocat de la grand-mère du petit Alexandre. Le temps ne peut venir au secours de la douleur des familles. Mais nous devons accepter ce renvoi.»

«Montigny, c’est pas moi», répète Heaulme

Difficile de faire autrement. Henri Leclaire a martelé, ce mardi matin, qu’il n’était pas présent le jour du double meurtre à proximité du talus de Montigny-lès-Metz. Mais la grand-mère du petit Alexandre l’a vu «passer en mobylette». Il ne se souvient plus de Marie-Christine Blindauer alors que celle-ci a recueilli ses confidences sur l’affaire. «Il m’a dit qu’il ne les avait pas tués mais il m’a mimé une scène dans laquelle il attrapait les enfants avec une grande violence», a-t-elle confié à la barre.

Et puis, il y a Francis Heaulme. Hagard, vieillissant, impassible: le «routard du crime» a été extrait de son box blindé ce mardi matin pour déposer à la barre. «J'ai vu Henri Leclaire descendre le talus, a raconté le tueur en série. Il avait le pantalon taché de sang. Il m’a fait peur. Je me suis dit qu’il avait fait une connerie», avant de conclure: «Encore une fois, Montigny, c’est pas moi…»

«On devrait retrouver ces deux-là dans le même box dans un an ou deux», conclut un avocat. La question sera toujours la même.