Montigny-lès-Metz: Face-à-face électrique entre Francis Heaulme et Henri Leclaire

AUDIENCE Mis en cause par plusieurs témoignages, Henri Leclaire a été passé sur le gril de la cour d’assises de Metz toute la matinée...

Vincent Vantighem
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Henri Leclaire, à son arrivée au palais de justice de Metz, le 1er avril 2014.
Henri Leclaire, à son arrivée au palais de justice de Metz, le 1er avril 2014. — JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

De notre envoyé spécial à Metz (Moselle)

Francis Heaulme a été extrait du box dans lequel il somnolait depuis une heure. D’un coup, il s’est retrouvé à la barre, juste à côté d’Henri Leclaire. Et en l’espace d’une seconde, la cour d’assises de Moselle, à Metz, s’est demandée qui était le témoin et qui était vraiment l’accusé.

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Car ce n’est pas le «routard du crime», jugé depuis lundi pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz en 1986 qui a été passé sur le gril ce mardi matin. Mais bien Henri Leclaire. Aujourd’hui âgé de 61 ans, celui qui n’est qu’un témoin et qui habite toujours à deux pas de la scène de crime fut le premier à passer aux aveux en 1986. Avant de se rétracter quelques jours plus tard.

Contredit par la grand-mère d’une victime

En vingt-sept ans, Henri Leclaire a eu le temps de grossir un peu plus. Mais sa capacité à dire tout et son contraire est restée intacte. Interrogé sur le fameux dimanche où Cyril et Alexandre, huit ans, ont été tués à coups de pierre, Henri Leclaire répond impassible: «Je ne les ai pas vus. Je n’étais pas là… Je ne sais plus.»

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Seul problème pour lui, Ginette Beckrich, la grand-mère du petit Alexandre, est dans la salle. Appelée à la barre, elle s’approche appuyée sur une canne, s’excuse de sa surdité mais explique sûre d’elle: «Henri Leclaire était présent ce jour-là. Je l’ai vu passer en mobylette. J’ai même fait la réflexion à mon mari…»

«Montigny, c’est pas moi», rappelle Heaulme

Francis Heaulme aussi a vu Henri Leclaire sur le talus où les enfants ont été massacrés. Et, hagard depuis le début de l’audience, le «routard du crime» a rassemblé quelques forces pour le balancer ce mardi matin. «Je l’ai vu descendre le talus, a raconté le tueur en série. Il avait le pantalon taché de sang. Il m’a fait peur. Je me suis dit qu’il avait fait une connerie», a déclaré Heaulme, ajoutant «Encore une fois, Montigny, c’est pas moi…»

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Une grand-mère âgée, un tueur en série: la liste des personnes mettant en cause Henri Leclaire s’est allongée ce matin avec l’arrivée de Marie-Christine Blindauer à la barre. Epouse d’un avocat messin, cette dame assure qu’Henri Leclaire lui a livré à quelques reprises ses courses. «Un jour, il s’est confié à moi, raconte-t-elle. Il s’est mis à me parler de cette histoire. Il m’a dit qu’il avait attrapé les gosses ce jour-là. Il l’a même mimé. Il m’a dit qu’il ne les avait pas tués mais que les gamins avaient compris à qui ils avaient affaire…»

L’avocate d’Heaulme refuse de l’interroger

A côté d’elle, Henri Leclaire regarde le sol et passe d’une jambe sur l’autre comme pour mieux combattre son anxiété maladive. Il vient de dire qu’il ne connaît cette dame «que de vue» et qu’il n’a jamais évoqué l’affaire avec elle. «Oui, finit-il par admettre. Mais j’ai dit n’importe quoi. Je ne savais plus ce que je faisais, euh, ce que je disais…»

«Monsieur Leclaire, ne croyez-vous pas qu’il est temps de dire haut et fort…», assène alors le président de la cour d’assises dans l’espoir de faire craquer le témoin à la barre. Après un silence glaçant de quelques longues secondes, Henri Leclaire répète: «Je ne les ai pas tués. Je n’étais pas là. Je ne les ai pas tués…»

L’avocat général puis les avocats des familles des victimes n’auront pas plus de succès en l’interrogeant. «Refusant de participer à la curée», Liliane Glock, l’avocate de Francis Heaulme, refuse, elle, d’interroger «un simple témoin qui n’a donc pas le droit à un avocat.» Avant de conclure, «c’est vrai qu’on peut le confondre avec l’accusé.» L’audience doit reprendre à 14h.