Un collectif contre la «théorie du genre» met en cause une institutrice

SOCIETE Le comité de la «Journée de retrait de l’école», collectif controversé qui milite pour «l’interdiction de la théorie du genre à l’école», accuse d’attentat à la pudeur une enseignante de Joué Lès Tours, en Indre-et-Loire…

Faustine Vincent

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Des enfants dans une école maternelle
Des enfants dans une école maternelle — Frank Perry AFP

Le nouveau collectif de la «Journée de retrait de l’école» (JRE), proche de la mouvance du printemps français, des intégristes catholiques et de l’extrême droite, s’est fixé une mission: interdire la «théorie du genre» - qui n’existe pourtant pas — à l’école. Sa dernière cible en date est une institutrice de l’école maternelle de la Blotterie à Joué Lès Tours, en Indre-et-Loire.

Dans une vidéo mise en ligne samedi, une militante JRE, Dalila Hassan, rapporte le témoignage d’une mère d’élève, «d’origine tchétchène» et «parlant très mal le français», dont le fils de trois ans aurait été traumatisé par l’enseignante. La maîtresse aurait demandé au petit garçon et à une petite fille de «baisser [leur] pantalon», puis de se «toucher [mutuellement les] parties génitales et de se faire des bisous». Selon la militante, qui a assisté vendredi à un entretien entre la mère et la directrice d’école, celle-ci a fermement rejeté ces accusations, insistant sur le caractère «irréprochable» de l’enseignante.

Troisième «Journée de retrait de l’école»

Contactée, la directrice renvoie vers l’Inspection académique, qui a pris le dossier en main face à l’ampleur croissante de la polémique. Relayée par l’essayiste d’extrême droite Alain Soral et sur les réseaux sociaux, la vidéo, qui s’achève sur un panneau noir indiquant «vaincre ou mourir», a déjà été vue plus de 53.000 fois. Le collectif, lancé par Farida Belghoul, a appelé les parents à retirer leurs enfants de l’école de la Blotterie ce lundi, à l’occasion de la troisième «Journée de retrait de l’école» pour lutter contre «l’abomination» que constitue selon lui la soi-disant «théorie du genre».

De son côté, le directeur académique des services de l’éducation nationale, Antoine Destrés, a dit «apporter [son] soutien sans ambiguïté à l’enseignante et à l’équipe pédagogique de l’école. Nous avons déposé une plainte pour dénonciation calomnieuse et nous réfléchissons à la réponse pédagogique à apporter auprès des parents d’écoliers et de collégiens pour éviter que de telles réactions ne se reproduisent».

L’institutrice a déposé plainte pour «diffamation sur fonctionnaire par moyens électroniques», précise le Parquet de Tours. Selon nos informations, le directeur académique lui a accordé la protection fonctionnelle, qui permet de prendre en charge les frais de justice.

«Une histoire montée de toutes pièces»

Le syndicat des enseignants (SE-UNSA) du premier et second degré dénonce quant à lui «une attaque en règle contre l’école publique» avec «une histoire montée de toutes pièces». «Il est inimaginable de penser qu’une maîtresse d’école a fait se déshabiller les enfants et les a forcés à se toucher, s’indigne Céline Rigo, sa secrétaire nationale. Mais cela fait gonfler la rumeur», qui prospère malgré tout et infuse les esprits.

Les appels de la JRE sont-ils suivis au niveau national? «Il n’y a pas de chiffres officiels, mais pour l’instant ça reste marginal, explique-t-elle. Là où des militants JRE sont implantés, ça se développe un peu, sinon, ça ne prend pas. Ce qui est surprenant, ajoute-t-elle, c’est que le mouvement lancé par la JRE au niveau national est suivi y compris dans des académies qui ne font pas ‘’l’ABCD de l’égalité’’», ce dispositif mis en place par le gouvernement dans dix académies à titre expérimental afin de lutter contre les inégalités filles-garçons. Même fausse, la rumeur sur la «théorie du genre à l’école» poursuit son chemin.