Montigny-lès-Metz: L’ombre d’Henri Leclaire va planer sur le procès de Francis Heaulme

PORTRAIT Cet homme avait formulé des aveux peu de temps après la découverte des corps des deux enfants de Montigny-lès-Metz en 1986…

Vincent Vantighem
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Henri Leclaire sur une photo prise lors du procès de Patrick Dils à Lyon, en 2002
Henri Leclaire sur une photo prise lors du procès de Patrick Dils à Lyon, en 2002 — PHILIPPE MERLE / AFP

Son audition, en qualité de témoin, n’est pas prévue avant le mardi 8 avril. Mais Henri Leclaire risque fort de faire parler de lui dès l’ouverture du procès de Francis Heaulme, ce lundi, devant la cour d’assises de Moselle, à Metz.

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Jugé pour le double meurtre des enfants, Alexandre Beckrich et Cyril Beining, Francis Heaulme a déjà fait savoir qu’il allait accuser cet homme aujourd’hui âgé de 64 ans. «Dès l’ouverture du procès, je vais réclamer un supplément d’information concernant Henri Leclaire afin que son cas soit très précisément étudié», confie à 20 Minutes, Pierre Gonzalez de Gaspard, l’avocat du «routard du crime».

«Impossibilité physique pour cet homme de grimper sur le talus»

De fait, le nom d’Henri Leclaire figure à de multiples reprises dans le volumineux dossier de Montigny-lès-Metz. Employé d’une entreprise dont les locaux donnaient sur les lieux du drame, Henri Leclaire fut le premier à s’accuser du double meurtre en décembre 1986. Mais l’enquête avait permis de le mettre rapidement hors de cause.

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«La description faite par Henri Leclaire des vêtements portés par les enfants était inexacte sur bien des points», relève ainsi le dossier. D’autre part, les policiers ont relevé «des inexactitudes sur le nombre de pierres utilisées [pour tuer les deux enfants] et l’impossibilité physique pour cet homme de grimper sur le talus.»

Un témoignage vingt-huit ans après les faits

Visé par un supplément d’information, Henri Leclaire a donc, au final, bénéficié d’un non-lieu. C’est donc en simple témoin qu’il se présentera à la barre de la cour d’assises de Moselle. Il devrait toutefois être soumis à un feu roulant de questions, tant de la part de la défense que de l’accusation.

Vendredi, on a en effet appris qu’un ancien conducteur de train, retraité de la SNCF, s’était manifesté il y a quelques semaines pour apporter un nouveau témoignage. Il dit se souvenir d’avoir aperçu depuis sa locomotive, le jour des faits, un homme «costaud et petit», «trapu», portant un t-shirt blanc «taché de sang» courir le long des voies ferrées. Selon lui, cet homme ne serait autre qu’Henri Leclaire.

Un homme blond d’1,65m et portant la moustache

Si, vingt-huit ans après les faits, ce nouveau témoignage est plus que jamais sujet à caution, il devrait permettre à la défense de Francis Heaulme de s’engouffrer dans la brèche. Car ce conducteur de train n’est pas le premier à évoquer la présence d’Henri Leclaire sur les lieux du drame.

Quelques jours après le double meurtre, Frédéric Gibert, un jeune homme de 16 ans, s’était spontanément présenté au poste de police pour donner la description d’un homme «dont la chemise était tachée de sang mais qui ne présentait aucune plaie apparente». Selon le témoin, cet homme était «d’1,65m environ, de corpulence moyenne, les cheveux blonds courts […] Et il portait une moustache blonde.» Une description qui correspond plus à Henri Leclaire qu’à Francis Heaulme, brun, mesurant 1,89m et n’ayant jamais porté la moustache.

Habitant toujours aujourd’hui à Montigny-lès-Metz, Henri Leclaire n’a pas réagi à ces mises en cause. «Je vais le rassurer, a témoigné, de son côté, Thomas Hellenbrand, son avocat. Ça me semble peu inquiétant pour lui. Cette affaire a en grande partie cassé [sa] vie. Il attend avec impatience que tout cela se termine.»