Trêve hivernale: Les ménages les plus démunis de nouveau expulsables mardi

LOGEMENT La trêve hivernale est désormais terminée...

avec AFP

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La trêve hivernale des expulsions locatives qui débute jeudi soir va mettre à l'abri pendant quelques mois plusieurs milliers de familles locataires menacées d'éviction pour impayés, dans un contexte assombri par le gel des APL et la saturation de l'hébergement d'urgence.
La trêve hivernale des expulsions locatives qui débute jeudi soir va mettre à l'abri pendant quelques mois plusieurs milliers de familles locataires menacées d'éviction pour impayés, dans un contexte assombri par le gel des APL et la saturation de l'hébergement d'urgence. — Patrick Kovarik AFP

La trêve hivernale s'achève mardi matin, faisant de nouveau peser sur de nombreux locataires en situation d'impayés la menace d'une expulsion de leur logement. Désormais prolongée de 15 jours, jusque fin mars, cette trêve interdit pendant l'hiver les expulsions, qui peuvent donc reprendre le 1er avril à 6H.

« A chaque coup de sonnette, c'est l'angoisse de voir arriver l'huissier, la police... », raconte Patrick Doutreligne, de la Fondation Abbé Pierre. Des familles, mais aussi des personnalités du spectacle en difficultés comme la chanteuse Georgette Lemaire ou la comédienne Marthe Mercadier, se disent menacées.

« On veut éviter ces drames humains »

Salha Drissi, 68 ans, avoue sa « peur ». Cette concierge parisienne à la retraite doit quitter son logement de fonction. Mais avec une pension de 750 euros, impossible de trouver un autre appartement ou de payer les 550 euros de loyer qu'on lui réclame, raconte-t-elle, en attente d'un logement social depuis 13 ans. Endettée, elle a reçu un commandement à rendre ses clefs le 7 avril : « Je ne sais pas ce que je vais devenir ».

« On veut éviter ces drames humains », assure Patrick Sannino, président de la Chambre nationale des huissiers de justice, invitant les personnes menacées à prendre contact avec eux « le plus tôt possible ». En amont, il peut proposer d'échelonner la dette, aider à obtenir des aides, voire alerter les travailleurs sociaux, détaille-t-il.

50.000 ménages concernés

« Quand un huissier arrive à l'expulsion, c'est un échec », affirme-t-il, avant d'avouer : « C'est la partie que je déteste le plus ». En 2012, plus de 115.000 familles ont fait l'objet d'une décision judiciaire d'expulsion (+37% en dix ans), selon la Fondation Abbé Pierre, et environ 12.000 ont abouti à une expulsion par les forces de l'ordre. Mais au total, la Fondation estime que 50.000 ménages doivent quitter leur logement chaque année, une majorité abandonnant les lieux avant le jour J, par honte ou pression du propriétaire.

Environ 30% des gens à la rue le sont à la suite d'une expulsion, dit Patrick Doutreligne. Certains sont hébergés par de la famille ou des amis, d'autres se retrouvent en centres d'hébergement ou à l'hôtel. Or loger une famille à l'hôtel et placer les enfants en foyer revient beaucoup plus cher qu'un loyer.