Montigny-lès-Metz: Les huit points essentiels pour tout comprendre du procès Heaulme

DECRYPTAGE Alors que s’ouvre, ce lundi, le procès de Francis Heaulme pour le double-meurtre de Montigny-lès-Metz, «20 Minutes» revient sur les points essentiels du dossier…

Vincent Vantighem

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L'année 2014 verra se tenir, entre autres, le procès d'un Rwandais pour complicité de génocide, le premier du genre en France, de Francis Heaulme pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz, le procès des comptes d'Altran et celui de Franck Ribéry.
L'année 2014 verra se tenir, entre autres, le procès d'un Rwandais pour complicité de génocide, le premier du genre en France, de Francis Heaulme pour le double meurtre de Montigny-lès-Metz, le procès des comptes d'Altran et celui de Franck Ribéry. — Olivier Morin AFP

Il y a d’abord eu les aveux de Patrick Dils. Puis, sa condamnation. Ce n’est que bien plus tard que Francis Heaulme est venu, par ses déclarations, insinuer le doute dans l’affaire sordide de Montigny-lès-Metz. A partir de ce lundi, le «routard du crime» doit répondre, devant la cour d’assises de Moselle, à Metz, du double meurtre d’Alexandre Beckrich et Cyril Beining commis en 1986 à Montigny-lès-Metz. Alors que le procès doit durer près d’un mois, 20 Minutes revient sur les éléments clés du dossier qui concernent le tueur en série…

Les éléments à charge

Il était présent sur les lieux du crime. «Un jour, je me promenais à vélo dans l’Est de la France. Je suis passé le long d’une voie ferrée. Des gamins m’ont jeté des pierres. Quand je suis repassé, ils étaient morts…» C’est en 1992 que Francis Heaulme raconte cette histoire au gendarme Jean-François Abgrall. Poussé dans ses retranchements, le «routard du crime» fera même un croquis détaillé des lieux mais n’avouera jamais les faits.

Des pêcheurs l’ont vu avec le visage ensanglanté. Joachim Cadette et Emile David avaient terminé leur partie de pêche sur la Moselle. C’est en remontant dans leur 4L qu’ils ont découvert un homme allongé dans un fossé. Francis Heaulme était là, vraisemblablement saoul et surtout le visage ensanglanté. Il était 19h ce dimanche le 28 septembre 1986. Interrogé, le «routard du crime» déclarait simplement être tombé de vélo et s’être écorché le visage dans les cailloux.

Il a déjà «vu rouge» et tué. «Les circonstances de cinq crimes pour lesquels Francis Heaulme a été condamné présentent des analogies avec celles des deux meurtres de Montigny-lès-Metz», note le dossier d’instruction. Condamné pour le meurtre du petit Joris Viville, le tueur avait avoué avoir «vu rouge». Une expression qu’il a utilisée à nouveau au moment d’évoquer l’affaire de Montigny-lès-Metz. «Cette violence peut constituer un mobile», analyse Thierry Moser, avocat de la famille du petit Alexandre Beckrich.

D’anciens codétenus assurent qu’il a avoué. Leur audition, mardi 15 avril, sera essentielle pour la cour d’assises. Au moins trois anciens codétenus de Francis Heaulme assurent que le tueur s’est épanché auprès d’eux, avouant le double meurtre de Montigny. «Bien sûr ce sont des témoignages sujets à caution», note Dominique Rondu, avocat de la grand-mère d’Alexandre Beckrich. «Ils chargent Heaulme pour obtenir une remise de peine, critique, pour sa part, Pierre Gonzalez de Gaspard, l’avocat de l’accusé. Cela ne vaut rien.»

Les éléments à décharge

Il n’aurait rien à perdre à avouer. Déjà condamné pour neuf meurtres dans huit affaires différentes, Francis Heaulme «risque fort de mourir en prison», confie Thierry Moser. Qu’aurait-il à perdre à avouer être l’auteur du double meurtre? «Sa sœur Christine a toujours dit qu’elle arrêterait de venir le voir en prison s’il était coupable de meurtre d’enfants», répond Jean-François Abgrall, le gendarme qui l’a arrêté.

Ce n’est «pas son style». Son témoignage avait glacé la cour d’assises. A l’époque, Patrick Dils était jugé et Francis Heaulme n’était qu’un simple témoin. «Mon style, c’est l’Opinel. Et j’étrangle à mains nues. Montigny, c’est pas moi…», disait-il à l’époque.

Le témoignage de Frédéric Gibert. Il est à mettre au crédit de Francis Heaulme. Enfant au moment des faits, Frédéric Gibert a assuré aux enquêteurs avoir vu, le jour des faits, un homme avec une chemise tâchée de sang. «1,65m environ, de corpulence moyenne, les cheveux blonds courts. Il portait une moustache», note le dossier d’instruction qui cite le témoignage du jeune homme. Cela ne correspond pas à Francis Heaulme.

Impossible de tuer deux enfants seuls? C’est la thèse de l’avocat de Francis Heaulme. «Si vous agressez le premier enfant, le second prend la fuite…» Selon lui, il ne faut pas chercher un mais bien deux auteurs des faits. Et cela discrédite la théorie selon laquelle le «routard du crime» serait le coupable.