L'éducation financière des jeunes comme arme contre le surendettement

SURENDETTEMENT Face au nombre important de surendettés en France, l'association Cresus et la Société Générale ont décidé d'agir en amont. Leur crédo: la jeunesse financièrement éduquée aujourd'hui ne sera pas surendettée demain...

Anissa Boumediene

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Un jeune en train d'utiliser sa carte bancaire
Un jeune en train d'utiliser sa carte bancaire — DURAND FLORENCE/SIPA

Charges fixes, taux effectif global, modalités d’utilisation d’une carte à débit différé… Pour les jeunes qui perçoivent leurs premiers salaires, apprendre à gérer un budget et comprendre le jargon des banquiers n’est pas toujours une mince affaire. Partant de ce constat, l’association Cresus, spécialisée dans l’aide aux personnes en difficultés financières, et la Société Générale ont élaboré un programme d’éducation spécifique.

Testé en Ile-de-France ou encore dans le Nord, ce dispositif destiné aux jeunes a permis l’organisation d’ateliers dans des Centre de Formation des Apprentis (CFA). Pour Jean-Louis Kiehl, président de Cresus, une campagne de sensibilisation précoce est primordiale: «Lorsque les personnes en difficulté viennent nous voir, il est souvent trop tard, elles s’enferment dans la solitude et le surendettement. Avec ce programme d’éducation financière, on agit en amont du problème». Au total, 1.500 apprentis en ont bénéficié. Le principe est simple, chaque intervention est animée par un binôme, un membre de CRESUS et un banquier de la Société Générale.

Apprendre à gérer les premiers salaires

Pour ces apprentis bouchers, serveurs ou encore artisans, étudier en CFA est l’occasion de gagner leurs premiers salaires. Et s’il est facile de dépenser leur argent, le gérer doit s’apprendre. Au menu de ces ateliers, les thèmes abordés permettent aux jeunes d’y voir plus clair: bien gérer son budget, connaître les moyens de paiement et leur fonctionnement ou encore souscrire un emprunt, tous les points sont expliqués avec pédagogie. Ensuite, place au jeu. Pour s’assurer que les notions abordées sont bien comprises, un jeu de société a été mis au point. Sorte de Monopoly ludique pour apprendre à gérer son budget, ce jeu recrée une simulation du quotidien: les joueurs perçoivent un salaire, ont des charges fixes à payer et gagnent des points pour s’offrir des sorties.

«A la fin d’un atelier, j’ai vu un étudiant se précipiter pour appeler son banquier et faire opposition à sa carte bancaire. Il l’avait perdue trois semaines auparavant mais ne savait pas qu’il fallait le signaler!» raconte Bérengère Litty, chargée de mission au sein de Cresus.

Décomplexer la parole et le rapport à l’argent

Autre défi de ces formations: permettre aux jeunes qui ont du mal à gérer leur budget de ne plus avoir honte d’en parler. «Si les apprentis ont des cours de gestion des entreprises, parler de leurs difficultés financières à leurs professeurs les mortifient! En parler avec des étrangers qui peuvent apporter des réponses concrètes à leurs questions, c’est essentiel pour décomplexer la parole et le rapport à l’argent qu’ont les jeunes», poursuit Bérengère Litty.

«75 % des jeunes qui ont participé à nos ateliers nous ont dit avoir appris quelque chose; et un apprenti sur cinq est allé voir son banquier dans les semaines suivantes pour recevoir davantage de conseils. Pour nous, c’est extrêmement valorisant, on se sent utile», se félicite également Laurence Tastets, responsable du projet à la Société Générale.

Face au succès de l’opération, les ateliers devraient reprendre dès les prochains mois et s’étendre sur l’ensemble du territoire et au-delà des CFA. Et Jean-Louis Kiehl ne cache pas son enthousiasme: «Puisqu’il faut commencer l’éducation financière le plus tôt possible pour être efficace, notre prochain objectif est d’intervenir dès le collège!»