Montigny-lès-Metz: «Serein», Francis Heaulme est jugé pour le meurtre de deux enfants

JUSTICE Le «routard du crime» est jugé jusqu’au 24 avril à Metz pour le double-meurtre d’Alexandre Beckrich et Cyril Beining, commis en 1986…

Vincent Vantighem
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Francis Heaulme, surnommé "le routard du crime", comparaîtra à partir du 31 mars 2014 devant la cour d'assises de Moselle pour l'affaire du double meurtre d'enfants de Montigny-les-Metz, a-t-on appris jeudi auprès d'un avocat des parties civiles, Me Thierry Moser.
Francis Heaulme, surnommé "le routard du crime", comparaîtra à partir du 31 mars 2014 devant la cour d'assises de Moselle pour l'affaire du double meurtre d'enfants de Montigny-les-Metz, a-t-on appris jeudi auprès d'un avocat des parties civiles, Me Thierry Moser. — Damien Meyer

«Francis Heaulme est très serein, confie à 20 Minutes Pierre Gonzalez de Gaspard, son avocat. Vous savez, c’est un homme sympathique tant qu’on ne l’asticote pas trop…» Il y a donc peu de chances que le «routard du crime» conserve sa sérénité très longtemps. A partir de ce lundi et jusqu’au 24 avril, la cour d’assises de Moselle, à Metz, va en effet «l’asticoter» pour savoir s’il est l’auteur d’un double meurtre particulièrement sordide.

Déjà condamné à la prison à perpétuité pour neuf homicides, Francis Heaulme doit, cette fois-ci, répondre du meurtre d’Alexandre Beckrich et Cyril Beining. Agés de huit ans, les deux enfants ont été massacrés à coups de pierre, le 28 septembre 1986, alors qu’ils jouaient sur une voie SNCF désaffectée de Montigny-lès-Metz (Moselle).

«Il est quand même très au courant…»

Francis Heaulme a déjà fait savoir qu’il nierait les faits qui lui sont reprochés devant la cour d’assises. «Vingt-huit ans après les faits, je ne comprends pas pourquoi je suis jugé, a-t-il confié dans un entretien exceptionnel à 20 Minutes depuis sa cellule de la prison d’Ensisheim (Haut-Rhin), en septembre 2013. Pour moi, c’est une erreur judiciaire aussi lourde que celle de Patrick Dils

» Relire l’interview de Francis Heaulme

Pourtant, le faisceau d’éléments menant à lui s’est épaissi au fil du temps. Francis Heaulme a lui-même reconnu qu’il était présent sur les lieux du double meurtre le jour du drame. C’est, du reste, ce qui a permis d’innocenter Patrick Dils. «Heaulme est impliqué dans cette affaire, il n’y a pas de doute, lâche Jean-François Abgrall, le gendarme qui l’a arrêté et confessé. Pour quelqu’un qui se dit innocent, il est quand même très au courant…»

L’importance de sa sœur, Christine

Il y a quelques années, Ginette Beckrich, la grand-mère d’une des deux petites victimes, était allée jusqu’à se rendre en prison pour discuter avec Francis Heaulme. «Je lui ai parlé. Il m’a dit: «Ils sont après moi pour me faire avouer, mais ça n’est pas moi.» On sait que c’est un tueur, avait-elle expliqué à l’époque. Qu’est-ce que ça lui coûterait de dire s’il était coupable?»

» Analyse: Pourquoi Heaulme conteste les faits

Le peu de chose qu’il lui reste aujourd’hui. A commencer par sa sœur, Christine, dernière personne à lui rendre encore visite au parloir de la prison. «Mais elle ne supporte pas l’idée que l’on puisse faire du mal aux enfants», poursuit Jean-François Abgrall. Quand son frère a été reconnu coupable du meurtre du petit Joris Viville, elle a cessé de le voir pendant deux ans. «Les visites de sa sœur sont à peu près tout ce qui lui reste, reconnaît Pierre Gonzalez de Gaspard. Il fera tout pour que cela continue…»

Une cellule individuelle et deux copains

Car, en dehors de cette nouvelle audience judiciaire, le «routard du crime» avoue que sa situation actuelle le satisfait. «J’ai une cellule pour moi tout seul, nous confiait-il ainsi en septembre dernier. Je suis en contact avec deux détenus. On parle, on regarde la télé et parfois, on joue à la console.»

Agé aujourd’hui de 55 ans, Francis Heaulme ne se projette pas vraiment. «Je ne sais pas [si je sortirai un jour de prison], lâche-t-il encore. J’ai commis des erreurs. Mais je paye pour tout ça. Si je sors, c’est sûr, je me ferai tout petit…»

Syndrome de Klinefelter

Jusqu’à l’âge de 17 ans, Francis Heaulme a souvent été battu par son père qui, alcoolique, lui reprochait son allure «asexuée» et le traitait de «bâtard». Par la suite, des examens ont démontré que le routard du crime était, en fait, atteint du syndrome de Klinefelter qui se caractérise par la présence d’un chromosome sexuel X supplémentaire et rend les sujets potentiellement infertiles