«Le point du mari est une porte d’entrée vers les violences subies par les femmes lors de l'accouchement»

TÉMOIGNAGES Internautes sages-femmes et anciennes patientes, reviennent sur la pratique du «point du mari»...

Christine Laemmel
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Illustration d'un accouchement
Illustration d'un accouchement — O'KEEFE/SUNSHINE INTERNATIONAL

Mythe «farfelu» pour certains. Pratique au nom «barbare». Qu’est-ce que le «point du mari», la suture post-épisiotomie destiné à accentuer le plaisir masculin? Effectué dans une salle d’accouchement, il n’est ni facile à identifier, ni à évoquer. Explications, avec des internautes de 20 Minutes, patientes et sages-femmes.

Pendant l’accouchement, après une déchirure des tissus ou une épisiotomie (incision entre le vagin et l’anus), vient la suture des chairs. Parfois «trop serrée» ou suivie d’autres «micro-incisions ensuite recousues pour resserrer le vagin» explique Anne-Marie Ledig, la sage-femme auteure du billet de blog qui a révélé la pratique au grand public.

«Si on peut réparer…»

Comprenez, selon les remarques entendues par des patientes ou des sages-femmes, dans la bouche de gynécologues, «refaire la salle de jeux» du partenaire, rapporte Anne-Marie. D’où le terme de «point du mari». Un acte médical inutile, mais supposé augmenter le plaisir de l’homme pendant la pénétration.

Une «erreur de suture» résume Marion, sage-femme. Une mauvaise décision selon cette internaute, souvent prise unilatéralement par le médecin. «Quand on a 25 ans et que c’est le premier enfant, on ne sait rien, justifie Marjolaine. On ne m’a pas demandé mon avis, mais je n’aurais pas su quoi répondre.» Alors lorsque le médecin lui a fièrement annoncé lui avoir «refait une virginité», cette patiente n’a pas été choquée. «Si on peut réparer…» avance-t-elle, soucieuse de ne pas perdre en confort sexuel après son accouchement. Pour elle, aucun souci dans les rapports qui ont suivis.

Pour d’autres, des suites de couches «très douloureuses ou très invalidantes» selon Marion, sage-femme. Comme celles d’une internaute qui l'a appris de la bouche de son gynécologue, 8 semaines après son accouchement. Lors d'une visite de contrôle où elle confie ses souffrances, il lui lâche avoir voulu, après l'accouchement, «un peu resserrer l'entrée». «J'en ai pleuré de rage, de honte, écrit-elle, combien se taisent à cause du paternalisme de certains médecins?»

«Tous ces actes invasifs»

Cerner le phénomène, quantifier les actes déviants, n’est pas chose aisée. Les témoignages sont peu nombreux et une majorité d'internautes assurent ne jamais en avoir entendu parler. Anne-Marie juge aussi l'acte «exceptionnel» mais il fait écho, selon elle, à «tous ces actes invasifs» que subirait la femme pendant sa grossesse. «Le point du mari est une porte d’entrée vers les violences subies par les femmes avant et pendant l'accouchement». Episiotomie faite sans consentement, péridurale imposée, touchers vaginaux à répétition, les exemples sont nombreux.

L’alerte lancée par Anne-Marie sous forme de billet de blog, sonne en fait comme un «cri du cœur», en pleine grève de la profession. «Ce n’est pas une histoire de corporatisme» assure Caroline, sage-femme en région parisienne. Toutes les sages-femmes interrogées, rassurent sur «l'immense majorité des médecins très compétents». Il ne s'agit pas de détruire l’image des gynécologues. Mais juste, via le «point du mari», de ramener le débat sur le bien-être des femmes, qui ne peut fonctionner que dans «un bon travail de collaboration, selon Anne-Marie. La sage-femme a besoin du gynéco, le gynéco a besoin de la sage-femme.» Et la patiente a besoin d’être écoutée.