Des universités à la diète depuis leur autonomie

EDUCATION Le prêt que vient d’accorder le ministère de l'Enseignement supérieur à l'université de Versailles-Saint-Quentin souligne les difficultés rencontrées par certaines facs depuis leur autonomie…

Delphine Bancaud
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Le campus de l'UVSQ ( Universite de Versailles Saint-Quentin à Guyancourt.
Le campus de l'UVSQ ( Universite de Versailles Saint-Quentin à Guyancourt. — LE MOINE MICHEL/SIPA

Vent de rigueur dans les universités françaises. Mercredi dernier, le ministère de l’Enseignement supérieur a annoncé qu’il allait prêter 2,6 millions d’euros à l’université de Versailles-Saint-Quentin pour lui permettre de boucler son budget 2014.

Un cas emblématique qui remet sur le devant de la scène la situation délicate de certaines facs. Car une quinzaine d’universités sur 76 seraient confrontées à de graves difficultés financières. «Parmi celles-ci, Paris I, Paris XIII, Montpellier 3, Lyon 2, La Réunion…», indique William Martinet, président de l’Unef. Plusieurs d’entre elles ont même vu leur budget 2014 arrêté par les recteurs, en raison de deux exercices en déficit. Une sorte de mise sous tutelle pour tenter de leur sortir la tête de l’eau. «Et pratiquement toutes les autres universités sont confrontées à une réduction massive de leurs moyens ces dernières années», renchérit Claudine Kahane, co-secrétaire générale du Snesup. Contacté par 20 Minutes à ce sujet, le ministère de l’Enseignement supérieur n’a pas souhaité s’exprimer.

Le coût de l’autonomie

Ces difficultés financières sont en partie dues au passage à l’autonomie des universités depuis 2007. Car elles doivent désormais gérer leur masse salariale et assumer des charges qu’elles ont du mal à anticiper, comme l’explique Gérard Blanchard, vice-président de la Conférence des présidents d’universités (CPU): «La masse salariale a tendance à augmenter en cours d’année en raison de l’ancienneté des personnels (le glissement vieillesse technicité). Et ces charges ne sont ni compensées par une subvention supplémentaire de l’Etat, ni par un nombre suffisant de départs en retraite».

Par ailleurs, l’augmentation du nombre de boursiers ces dernières années «a engendré un manque à gagner pour les universités», explique-t-il aussi. Pour William Martinet, les universités pâtissent aussi «d’un sous financement historique. Car l’Etat dépense 4.000 euros par an pour un étudiant contre 15.000 euros pour un élève de classe préparatoire». Enfin, certains présidents de facs auraient commis des erreurs de gestion «car le passage à l’autonomie n’a pas été suffisamment accompagné» souligne William Martinet.

Des arbitrages financiers douloureux

Conséquences: de nombreuses universités sont obligées de se serrer la ceinture pour présenter un budget à l’équilibre. «Certaines d’entre elles sont obligées de geler des postes et de recruter davantage de vacataires. D’autres diminuent le nombre d’heures supplémentaires», observe Gérard Blanchard. Mais les coupes budgétaires vont parfois bien plus loin, comme le souligne William Martinet: «L’offre de formation est revue à la baisse, car des options sont fermées dans certains cursus. Des heures de cours sont aussi supprimées dans les premiers cycles, car les présidents préfèrent préserver leurs masters qui assurent la bonne visibilité de leur établissement», assure-t-il. «Par mesure d’économie, certains cours sont aussi mutualisés pour accueillir des étudiants de différentes spécialités et les groupes de travaux dirigés accueillent un plus grand nombre d’étudiants», raconte Claudine Kahane. Ce qui détériore les conditions d’enseignement et d’apprentissage…

Pour venir au secours des universités les plus en difficultés, le ministère de l’Enseignement supérieur mise sur l’intervention des inspecteurs généraux. Ces derniers aident les présidents à établir un diagnostic financier et à mieux gérer leur budget. Persuadées qu’il leur faut aussi trouver d’autres sources de revenus, certaines universités ont aussi créé leur fondation ces dernières années. «Il en existe près de 35. Mais hormis quelques-unes qui fonctionnent bien, la plupart ne collectent pas beaucoup de fonds», constate Gérard Blanchard. Toutes les facs misent aussi sur le développement de la formation continue. Reste que pour l’heure, la manne est insuffisante.

Au final, selon le vice-président de la CPU, «une centaine de millions d’euros serait nécessaire pour assainir la situation des universités». Mais dans un contexte d’économies budgétaires, difficile pour le gouvernement de débloquer cette enveloppe. Pas question cependant pour William Martinet de se résigner: «On ne peut pas décréter que la jeunesse est la priorité du quinquennat et ne pas investir dans l’avenir des étudiants».