Des cures de vitamines inutiles voire nocives

SANTE Les autorités sanitaires appellent à la prudence face aux cocktails vitaminiques vendus sans ordonnance médicale...

Claire Planchard

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Illustration de compléments alimentaires.
Illustration de compléments alimentaires. — ANGOT/SIPA

Il y a bien sûr la vitamine C censée éviter les rhumes hivernaux, les phytoestrogènes, ces composés végétaux qui aideraient les femmes à passer le cap de la ménopause sans traitement hormonal de substitution, ou le magnésium anti-coup de pompe. Un simple coup d’œil dans les rayons des parapharmacies ou sur Internet suffit à s’en rendre compte: le marché des compléments alimentaires et des cocktails vitaminiques est un marché prospère où les promesses de produits miracles sont légion et les prix pas vraiment petits.

Et pourtant, rien ne prouve qu’ils sont efficaces. «L’efficacité sur le long terme pour la prévention des maladies graves ou chroniques, le cancer ou les risques cardiovasculaires, n’est pas démontrée», confirme Mathilde Touvier, chercheur en épidémiologie de la nutrition et spécialiste des compléments alimentaires à l ’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm).

Des risques avérés ou supposés

Pire, dans certaines conditions, la consommation de ces molécules peut-être dangereuse pour la santé. «Pour les compléments alimentaires à base de bêta-carotène, le risque accru de cancer du poumon est même connu et avéré pour les fumeurs», souligne la spécialiste.

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (Anses) a quant à elle publiquement conseillé d’éviter les compléments aux phytoestrogènes aux femmes qui avaient déjà eu un cancer du sein ou avaient des antécédents familiaux. 

Même la vitamine C, connue pour être hydrosoluble et donc s’éliminer plus facilement dans les urines, est loin d’être inoffensive à haute dose: «La marge de manœuvre avant d’atteindre la dose limite de sécurité est certes plus élevée qu’avec une vitamine liposoluble qui aura tendance à se stocker dans les tissus, mais si on prend un comprimé de vitamine C tous les jours sur une longue période, on ne sait pas quels effets cela peut avoir à long terme sur le cancer ou les maladies cardiovasculaires», explique la chercheuse.

«Même si les effets à long terme ne sont pas avérés, nous appelons donc à la prudenc », conclut-elle, avant de rappeler qu’à l’exception de quelques situations physiologiques particulières nécessitant un complément de vitamines (acide folique pour une femme enceinte, vitamine D pour prévenir le rachitisme chez l'enfant…), «une alimentation équilibrée suffit à apporter les nutriments utiles en dose suffisante.