Le trafic de cocaïne à l’origine de l’affaire Neyret devant le tribunal

JUSTICE En novembre 2010, 111kg de cocaïne avaient été saisis dans l’appartement d’une princesse saoudienne à Neuilly-sur-Seine…

William Molinié

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Les 111 kg de cocaïne saisis dans un appartement à Neuilly-sur-Seine en novembre 2010.
Les 111 kg de cocaïne saisis dans un appartement à Neuilly-sur-Seine en novembre 2010. — Christophe Ena/AP/SIPA

Mise à jour le 29/12/2014: Rudy Sitbon a été relaxé des faits de «participation à une association de malfaiteurs». Le jugement du tribunal correctionnel de Paris daté du 2 mai 2014, que nous avons consulté, le met définitivement hors de cause dans cette affaire.

L'affaire tient une place privilégiée au palmarès des plus belles affaires de la brigade des stupéfiants de la police judiciaire parisienne.

Huit personnes sont jugées jusqu’à jeudi devant la 16e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris pour un vaste trafic de stupéfiants au cours duquel 111 kg de cocaïne avaient été saisis en novembre 2010 dans l’appartement d’une richissime princesse saoudienne à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).

L’enquête bouclée par les juges d’instruction à la fin de l’année dernière mêle des gros bonnets de la pègre parisienne et est le point de départ de l’enquête sur l’ancien n°2 de la police judiciaire lyonnaise, Michel Neyret, un grand flic soupçonné d’avoir renseigné des voyous en échange de cadeaux.

Réseau structuré

Le point d’orgue est la saisie dans un appartement de Neuilly-sur-Seine le 26 novembre 2010, rue Edouard Nortier, de deux valises contenant chacune 38 pains de cocaïne d’1kg et 35 autres pains similaires dissimulés dans le coffre d’un dressing, soit un total de 111 kg, représentant une somme à la revente de 4 millions d’euros. Toute la journée, les policiers de la brigade des stupéfiants avaient planqué devant la cache après avoir reçu un renseignement selon lequel deux individus se livraient à un vaste trafic de drogue.

A la vue des policiers, les deux malfaiteurs, identifiés comme étant Gilles Tepié, 41 ans, soupçonné d’être «l’organisateur» et Hussein Sayd Hussein, 39 ans, «l’intermédiaire» chargé entre autres de l’intendance de la famille royale saoudienne lors de ses venues en France, sont parvenus à prendre la fuite en voiture. Ce dernier, se sachant recherché, s’est rendu à la police quelques mois plus tard. La princesse saoudienne, propriétaire de l’appartement où a été retrouvée la drogue, a été mise hors de cause.

Les policiers ont poursuivi les investigations et interpellé d’autres individus. Entre autres, celui qu'ils ont décrit comme le «financier du réseau», Rudy Sitbon, 34 ans, ainsi que le «passeur», José Miguel Lopez Patro, 34 ans, soupçonné d’avoir acheminé les valises de cocaïne depuis le Venezuela.

Deux grands absents

Un autre individu a joué un «rôle majeur» dans la structure, surtout financier, selon les enquêteurs. Il s’agit de Yannick Dacheville, réfugié aux Émirats Arabes Unis. Ce richissime escroc a fait fortune dans la fraude à la TVA sur le marché du carbone. Mais surtout, après l’avoir mis sur écoute, les policiers se sont rendus compte qu’il entretenait des liens privilégiés avec Michel Neyret, l’ex-numéro 2 de la PJ de Lyon qui lui fournissait des renseignements sur l’enquête en cours contre des cadeaux.

De son côté, Gilles Tepié, déjà condamné pour un trafic de cocaïne au début des années 2000 et à 15 ans de prison par défaut pour complicité dans le meurtre d’un boxeur, est en fuite au Vénézuela. Il y a été arrêté en mai 2011 où ont été découverts 48 pains de cocaïne. Selon nos informations, le juge d’instruction ainsi que des policiers de la brigade des stupéfiants se sont rendus à Caracas en novembre 2012 pour l’entendre. Depuis, il pourrait être sorti de prison.