Tribune de Sarkozy: L’ancien président n’a pas tout dit… et se trompe parfois

POLITIQUE «20 Minutes» décortique le texte de Nicolas Sarkozy publié dans le «Figaro»…

William Molinié

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L'ancien président Nicolas Sarkozy, à Nice le 10 mars 2014
L'ancien président Nicolas Sarkozy, à Nice le 10 mars 2014 — Valery Hache AFP

Nicolas Sarkozy à la contre-attaque. L’ex-dirigeant français publie dans le Figaro une charge détonante contre le gouvernement, les juges et les policiers en charge des différentes affaires judiciaires dans lesquelles il est plus ou moins directement mis en cause.

20 Minutes décrypte ce texte d’une dizaine de milliers de signes, dans lequel Nicolas Sarkozy, sans forcément travestir effrontément la réalité, arrange parfois «à sa sauce» certains faits…

  • «Depuis deux ans, je me suis tenu à la décision de silence et de retrait que j’avais annoncée au soir du second tour de l’élection présidentielle de 2012»

C’est faux. Outre les fameuses «cartes postales» qu’il envoie aux Français depuis vingt-quatre mois, Nicolas Sarkozy s’est déjà exprimé publiquement dans le dossier syrien, quelques mois après sa défaite de mai 2012. C’était en août, dans un communiqué diffusé à Paris et signé conjointement avec Abdel Basset Sayda, le président du Conseil national syrien.

  • «Et que dire de la prétendue affaire Karachi où, après des années d’enquête, les magistrats ont fini par découvrir que je n’y avais, au final, assumé aucune responsabilité»

C’est incomplet. Car l’enquête sur le volet financier de cette affaire n’est pas techniquement terminée. Les juges d’instruction ont signifié la fin de l’enquête le mois dernier mais il revient désormais au parquet de prendre ses réquisitions avant un éventuel renvoi devant le tribunal correctionnel des acteurs de ce dossier. Nicolas Sarkozy, alors ministre du Budget, n’est effectivement pas poursuivi sur les soupçons de financement occulte de la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.

  • «Or voici que j’apprends par la presse que tous mes téléphones sont écoutés depuis maintenant huit mois»

On a du mal à le croire. Si vraiment «la presse» avait informé l’ancien président qu’il était sur écoute, pourquoi son avocat, Me Thierry Herzog, a-t-il eu besoin d’acheter des lignes prépayées de téléphonie mobile sous un autre nom? Par ailleurs, il fait une erreur de date. Car selon le parquet national financier, ses deux téléphones ont été placés sur écoute les 3 et 19 septembre 2013. Cela fait donc six mois qu’il est sur écoute. Et non huit.

  • «Les juges entendent les discussions que j’ai avec les responsables politiques français et étrangers»

Non, ils n’«entendent» pas, casque vissé sur les oreilles, les conversations de Nicolas Sarkozy. Premièrement, les écoutes sont restituées par l’officier de police judiciaire dans un procès-verbal. Les originaux des enregistrements, eux, sont placés sous scellés. Eux-mêmes fermés. Par ailleurs, seuls les éléments utiles à l’enquête sont versés au dossier. En revanche, il peut effectivement s’avérer que le policier réfère à l’oral, auprès de sa hiérarchie et/ou du magistrat instructeur, tout ce qui ne figure pas dans le procès-verbal.

  • «Dans la République, on n’écoute pas les journalistes»

Nicolas Sarkozy a la mémoire courte. C’est d’ailleurs sous son propre mandat qu’a éclaté la polémique sur les fadettes dans l’affaire Woerth-Bettencourt, au cours desquelles l’ancien chef de la direction centrale du renseignement intérieur, Bernard Squarcini, un proche de Nicolas Sarkozy, avait mis sur écoute des journalistes.