Assises de Melun: Cinq ans avec sursis pour le père qui a étouffé sa fille handicapée

JUSTICE Comme l'avait demandé l'avocate générale...

avec AFP

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Illustration: La balance de la justice.
Illustration: La balance de la justice. —

Cinq ans de prison avec sursis. C’est la peine à laquelle a été condamnée vendredi Americo Carneiro, reconnu coupable du meurtre de sa fille de six ans,  Johana, dont le lourd handicap lui était devenu insupportable. La cour d'assises de Melun a donc suivi les réquisitions de l’avocate générale et a, comme la magistrate l’avait demandé, assorti la peine d'une mise à l'épreuve de trois ans et d'une obligation de soin, conformément aux réquisitions de l'avocate générale.

«Carneiro aimait sa fille, c'est certain. Mais son geste n'est pas un acte d'amour», avait notamment déclaré Morgane Baudin. «C'est un homme inséré dans la société, qui assume ce qu'il a fait et le regrette. L'intérêt de la société aujourd'hui n'est pas qu'il soit incarcéré», avait ajouté la représentante du parquet, demandant à la cour de prononcer une peine «équilibrée».

«Americo Carneiro était dépressif»

Americo Carneiro, maçon de 44 ans, est jugé pour avoir étouffé sa fille unique en plaçant sa main sur sa bouche pendant son sommeil, le 3 janvier 2011 au domicile familial de Boulancourt (Seine-et-Marne). Il prévoyait ensuite de tuer son épouse puis de se donner la mort. Un virement de 10.000 euros avait été effectué peu de temps auparavant sur le compte de sa mère, destiné à payer les obsèques de la famille.

«Americo Carneiro était dépressif», avait reconnu l'avocate générale, réclamant, outre les cinq ans de prison avec sursis, une mise à l'épreuve de trois ans et une obligation de soins. «Il a besoin d'un véritable parcours thérapeutique», avait-elle expliqué. Décrit comme un père aimant et attentionné par l'ensemble des témoins, il se trouvait «au plus bas», «perdu», lorsqu'il a tué sa fille. D'après un expert psychiatre, son discernement était «en partie altéré».

Un frère décédé, un père hémiplégique

Déjà traumatisé, durant l'enfance, par la mort accidentelle de son frère et par un AVC qui avait rendu son père hémiplégique, le quadragénaire s'était réfugié depuis plusieurs années dans l'alcool et ne prenait plus ses antidépresseurs. Pour l'avocate générale, ces circonstances particulières n'enlèvent toutefois rien à la gravité des faits reprochés. «Le handicap de Johana ne justifiait pas un tel geste. Ce n'est pas parce qu'on est handicapé qu'on n'a pas le droit de vivre», avait-elle insisté.

Née prématurée, Johana était tétraplégique, épileptique et souffrait d'un fort retard mental. Portant des couches, ne pouvant pas rester assise, elle devait être assistée dans tous ses gestes quotidiens. A l'époque du drame, son père devait la prendre en charge quasiment seul, son épouse étant maniaco-dépressive et régulièrement hospitalisée. «Elle suivait un traitement. Elle passait sa journée sur le canapé», avait-il raconté.

Tout au long du procès, Carneiro a expliqué avoir agi pour «soulager» sa fille, pourtant décrite par tous comme «souriante» et «gaie», «en progrès» au sein de la fondation où elle passait ses journées.