VIDEO. Intrusion de militants de Greenpeace: Hollande peut-il vraiment fermer Fessenheim en 2016?

NUCLEAIRE Des militants de Greenpeace se sont introduits sur le site ce mardi matin…

W.M.

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Un militant de Greenpeace mardi 18 mars à Fessenheim regarde le réacteur de la centrale sur lequel a été déployée une banderole par le groupe écologiste protestant contre l'insécurité des vieilles centrales nucléaires
Un militant de Greenpeace mardi 18 mars à Fessenheim regarde le réacteur de la centrale sur lequel a été déployée une banderole par le groupe écologiste protestant contre l'insécurité des vieilles centrales nucléaires — Sebastien Bozon AFP

L’intrusion de militants antinucléaires sur le site de la centrale de Fessenheim ce mardi matin braque à nouveau les projecteurs sur ce site industriel alsacien. Symbolique car la centrale renferme les plus anciens réacteurs en activité de l’Hexagone. Et surtout parce que le président de la République s’est engagé à la fermer d’ici à 2016. Mais certains observateurs notent que la fermeture du site avant la fin du quinquennat est peu probable. 20 Minutes vous explique pourquoi cette promesse ne sera sans doute pas tenue.

  • Difficultés financières

La fermeture de la plus ancienne des 19 centrales coûterait au moins quatre milliards d’euros. EDF avait commencé à investir sur les réacteurs afin d’allonger la durée de vie de Fessenheim et demande donc des dédommagements à l’Etat. Plus le manque à gagner (200 millions de marge chaque année pendant 10 ans), les frais de démantèlement, la reconversion du site, l’enfouissement des déchets… L’addition s’élèverait à plusieurs milliards d’euros.

  • Le démantèlement est très long

Techniquement, l’arrêt d’une centrale est relativement simple et l’opération peut se faire du jour au lendemain. En revanche, le démantèlement de la centrale, lui, est beaucoup plus long. Par exemple, à Brennilis (Finistère), le démantèlement du réacteur arrêté en 1985, est toujours en cours. Aux Etats-Unis, une douzaine d’années ont été nécessaires pour démanteler des centrales… Le refroidissement du combustible nécessite déjà deux à trois années dans le réacteur avant de pouvoir être manipulé.

  • Qui pour la démanteler?

«On ne sait pas démanteler une centrale nucléaire sans exposer des hommes aux radiations», explique Marc Saint-Aroman, un des porte-paroles du réseau Sortir du nucléaire. Des robots sont généralement utilisés pour manipuler les déchets et combustibles radioactifs. «Mais on a toujours besoin, dans le processus, de l’intervention humaine. Va-t-on payer des ouvriers sans connaissances, sous-traités, à peine au-dessus du smic?», questionne-t-il.

  • Problèmes juridiques

Selon l’avocate et députée européenne Corinne Lepage, «la loi ne peut pas dire «on ferme Fessenheim», ce que peut dire la loi c’est «nous décidons de réduire la part du nucléaire, nous allons fermer des centrales selon certains critères»». Une fois ces critères établis, «il faudra déterminer par quelle centrale commencer», poursuit-elle. Elle souligne que compte tenu du calendrier législatif annoncé «ça […] remet à 2015». Or, selon elle, «pour monter un dossier de fermeture de centrale, même sans démantèlement, c’est au moins deux ans».

  • Une question politique

L’arrêt d’une centrale semble relever de la volonté politique. Mais des messages contradictoires sont véhiculés ces derniers mois. Ainsi, l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui fait autorité sur les décisions politiques, a récemment admis que Fessenheim pouvait continuer de fonctionner. François Hollande, lui, a promis à Europe-Ecologie Les Verts de fermer la centrale, dont l’avenir est désormais résolument lié à la durée de vie de cet accord politique. Même en cas de fermeture, les antinucléaires espèrent que «Fessenheim ne devienne pas un symbole, mais la première d’une longue série».