Pollution: Paris redécouvre la circulation alternée

TRAFIC La mesure de circulation alternée mise en place ce lundi à partir de 5h30 à Paris et dans plusieurs villes de sa proche banlieue...

B.D. avec AFP

— 

Des voitures sur le périphérique parisien le 15 mars 2014
Des voitures sur le périphérique parisien le 15 mars 2014 — François Guillot AFP

Covoiturage, télétravail ou transports en commun: les automobilistes dont la voiture a une immatriculation paire doivent trouver une parade pour respecter la mesure de circulation alternée mise en place ce lundi à partir de 5h30 à Paris et dans sa proche banlieue.
Sauf dérogations, seules les voitures et motos dotées de plaques impaires sont autorisées à circuler, mesure gouvernementale radicale destinée à lutter contre la pollution qui sévit depuis plusieurs jours.

Inédite depuis 1997, la décision annoncée samedi, à huit jours des municipales, a suscité l'approbation de la gauche et des écologistes mais déclenché les foudres de l'opposition et des associations d'automobilistes et de motards.  Pour le président de l'UMP Jean-François Copé, cette mesure «relève de la communication». Un «cache-misère» selon la candidate UMP à la mairie de Paris Nathalie Kosciusko-Morizet. «Pour la première fois un gouvernement assume ses reponsabilités», s'est en revanche félicitée la ministre de la Santé Marisol Touraine.

Les transports publics gratuits

Pour compenser l'immobilisation forcée de la moitié des voitures, les transports publics seront gratuits, et la SNCF et la RATP offriront «plus d'un million de places suppémentaires» sur certaines lignes de métro, RER et Transilien, a assuré le ministre des Transports Frédéric Cuvillier. Mais les transports risquent d'être encore plus bondés qu'à l'ordinaire aux heures de pointe et le ministre a «recommandé à ceux qui le peuvent de décaler autant que possible leur trajet». Le stationnement sera lui aussi gratuit à Paris pour les voitures à l'immatriculation paire.

Pour veiller au respect de la circulation alternée, quelque 700 policiers seront mobilisés, sur une soixantaine de points de contrôle. Les automobilistes et motards qui braveront l'interdit écoperont d'une amende: 22 euros si elle est réglée immédiatement, 35 euros au-delà de trois jours. S'ils refusent de faire demi-tour, leur véhicule sera immobilisé.

«Ca va être le bordel», anticipe Geoffroy, 38 ans. Cet habitant de la Plaine-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) optera pour les transports en commun pour se rendre à son travail à Nanterre (Hauts-de-Seine). Nicolas Natchitz, commercial, s'est lui organisé dès samedi pour faire du télétravail: «J'ai prévenu mon patron et décalé mes rendez-vous de lundi. J'espère juste que ça ne durera pas trop longtemps...»

Particules en suspension

Mesure «précipitée, inefficace» et qui va «générer la pagaille», a pesté l'Automobile Club Association (ACA). Inclure les deux-roues motorisés est «stupide», s'est aussi énervée la Fédération française des motards en colère, qui a appelé les usagers de deux-roues à la résistance, leur suggérant de pratiquer le «co-motorage». «Nous comprenons parfaitement les difficultés, les agacements, voire même les colères (...) Mais il fallait prendre cette décision-là», a justifié le ministre de l'Ecologie, Philippe Martin.

Il escompte «une baisse importante de la fréquentation de voitures». En 1997, a-t-il rappelé, l'expérience avait «donné des résultats», même s'il reconnaissait la veille qu'elle avait laissé «de mauvais souvenirs». Tous les véhicules à numéro pair ne sont pas interdits. Pourront rouler les véhicules électriques ou hybrides, de même que les voitures avec au moins trois personnes à bord, les voitures auto-écoles et les taxis.

Les poids-lourds seront interdits à l'exception des véhicules d'urgence, camions poubelles, engins de chantier, camions frigorifiques...  Les véhicules autorisés à circuler devront respecter les limitations de vitesse déjà en vigueur du fait de la pollution (abaissement de 20 à 10 km/h selon les axes). Les particules en suspension dans l'air peuvent provoquer de l'asthme, des allergies, des maladies respiratoires ou cardiovasculaires, et les plus fines d'entre sont reconnues comme cancérogènes.

A Paris, Airparif prévoit le retour de la pollution lundi sans toutefois que le seuil d'alerte (80 microgrammes) soit atteint. Dimanche, les 50 microgrammes déclenchant le seuil d'information étaient dépassés dans une bonne trentaine de départements. A Lyon par exemple, les principaux industriels émetteurs de particules sont invités à réduire «leur activité polluante». Si la pollution ne diminue pas, «des mesures autoritaires» seront prises par la préfecture.