Illustration d'un Boeing 787 de la compagnie japonaise ANA.
Illustration d'un Boeing 787 de la compagnie japonaise ANA. — NEWSCOM/SIPA

MONDE

Mystère du Boeing disparu: Le point sur l’enquête et ses zones d’ombre

Huit jours après la disparition du Boeing 777, les experts restent perplexes sur ce qui a pu advenir...

Y a-t-il eu détournement?

Samedi, le Premier ministre de Malaisie, Najib Razak, a refusé de confirmer  un détournement et a déclaré que toutes les pistes étaient à l’étude. Il a toutefois affirmé que les mouvements du Boeing  777 de Malaysia Airlines, qui avait brusquement changé de cap pour s'orienter vers la péninsule malaisienne, «sont cohérents avec une action délibérée de quelqu'un à l'intérieur de l'avion».

Le MH370 a quitté sa trajectoire, à mi-chemin entre la Malaisie et le Vietnam une heure après son décollage de Kuala Lumpur à destination de Pékin, avec 239 personnes à bord. Il était 1h30 du matin, samedi 8 mars. Des contacts satellites indiquent que l'avion a continué de voler pendant plus de six heures et demie, vers l’Océan indien, après avoir disparu des écrans radars civils, a précisé le Premier ministre. Ses réserves de carburant lui permettaient de voler quelque huit heures.

Comment a-t-il pu disparaître des écrans radars ?

Les enquêteurs pensent «avec un haut degré de certitude» que les systèmes de transmission de données de l’avion «ont été désactivés», le premier juste avant le survol des côtes orientales de la péninsule et le deuxième entre la Malaisie et le Vietnam, a ajouté le Premier ministre.

Selon un expert aéronautique ayant requis l'anonymat, «il est extrêmement facile de déconnecter le transpondeur (émetteur/récepteur automatique). La déconnexion a pu être faite par l’équipage ou par un passager ayant suivi trois ou quatre leçons de pilotage». En revanche le système ACARS, dont est doté le Boeing 777 et qui permet d'échanger des informations entre l'appareil en vol et le centre opérationnel d'une compagnie aérienne, est beaucoup plus difficile à déconnecter. Selon l'expert, cela «nécessite d'avoir une excellente connaissance de l’appareil».

Vers quoi s’oriente l’enquête ?

Vingt-cinq pays, dont la France, participent désormais aux recherches du vol MH370. Si aucune piste n’est écartée, les enquêteurs se penchent désormais sur les personnalités et les profils des 227 passagers et des douze membres d'équipage. Les enquêteurs estiment en effet que l'avion de Malaysia Airlines a été piloté par une personne «expérimentée», sachant éviter les radars civils.

La police malaisienne a donc perquisitionné les domiciles des deux pilotes du vol, et examine le simulateur de vol que le commandant de bord possédait chez lui. Les proches et collègues du commandant Zaharie Ahmad Shah, 53 ans, et de son copilote, Fariq Abdul Hamid, 27 ans, ont témoigné de leur professionnalisme et de leur caractère équilibré. Et posséder un simulateur de vol à domicile n'est pas si rare chez les pilotes passionnés, selon les experts du secteur aérien.

Les enquêteurs cherchent aussi à comprendre les variations importantes dans l'altitude de l’avion, qui serait monté jusqu'à 45.000 pieds (13.700 mètres), bien au-dessus de la limite autorisée pour un Boeing 777, avant de descendre de manière irrégulière jusqu'à 23.000 pieds, soit en-dessous de la hauteur de croisière, à l'approche de Penang, une île malaisienne très peuplée.

Selon i-Télé, une cellule malaisienne d'al-Qaïda a aussi été évoquée cette semaine lors d'un procès à New York, celui du gendre d'Oussama Ben Laden. Le détenu a expliqué qu'après les attentats du 11-Septembre, Al-Qaïda avait voulu faire sauter des avions en Malaisie et avait mis en place une «cellule malaisienne» de quatre à cinq personnes, dont un pilote. Interpol doute de cette piste, mais la CIA ne l'écarte pas.

Où l’avion peut-il se trouver?

Les données satellitaires collectées ne permettent pas de connaitre l’endroit où l'appareil se trouvait au terme des presque sept heures de vol, a précisé le Premier ministre. Il pouvait être «au Kazakhstan, au Turkmenistan, au nord de la Thaïlande ou dans un couloir allant de l'Indonésie au sud de l'Océan indien».

Ces informations ont poussé la Malaisie à mettre fin à ses opérations à l'est de la péninsule, en mer de Chine méridionale. Les données satellitaires révélées par le Premier ministre semblent écarter les hypothèses d’une explosion en plein vol ou de graves ennuis techniques, au terme d’une semaine de fausses pistes et de folles rumeurs.

L’enquête pourrait ne faire que commencer. «Nous n'avons pas beaucoup d'indices: pas d'avion, pas d'épave, pas beaucoup de données électroniques provenant de l'appareil», a indiqué Anthony Brickhouse, membre de la Société internationale des enquêteurs sur la sécurité aérienne.