Une nouvelle demande de révision pour l'un des plus grands mystères judiciaires encore non résolu

Vincent Vantighem

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Gabriel Thiennot (à gauche) et Raymond Mis. Photo prise en 1988.
Gabriel Thiennot (à gauche) et Raymond Mis. Photo prise en 1988. — JEAN-MARIE HURON / AFP

Ils sont tous les deux morts depuis quelques années. Mais Raymond Mis et Gabriel Thiennot bénéficient toujours d’un énorme mouvement de soutien dans leur Berry natal. Ce lundi, une cinquantaine de Berrichons doivent ainsi se rendre à Paris en bus pour se rendre à la commission de révision des condamnations pénales.

Graciés après sept ans de travaux forcés

Pour la sixième fois, cette instance judiciaire doit se pencher sur cette affaire souvent citée, avec l’affaire Seznec, comme l’une des plus grandes énigmes judiciaires du siècle dernier. Car les faits remontent au 31 décembre 1946. A l’époque, le garde-chasse Louis Boistard est retrouvé mort, tué par balles, dans un étang de Saint-Michel-en-Brienne (Indre).

Les soupçons se portent immédiatement sur Raymond Mis et Gabriel Thiennot, deux jeunes qui étaient, au moment des faits, en train de chasser dans les parages. Passant aux aveux au bout de huit jours d’interrogatoires, Mis et Thiennot écopent d’une peine de quinze ans de travaux forcés. Mais ils ne cessent de clamer leur innocence, assurant avoir été torturés durant la garde à vue. La pression est telle que René Coty, le président de la République, leur accorde finalement la grâce en 1954.

Dents cassées et poumon perforé

«Aujourd’hui, ils sont morts mais nous nous battons toujours pour que Mis et Thiennot récupèrent leur honneur», explique Helga Pottier, présidente de leur comité de soutien. D’où cette nouvelle demande de révision examinée ce lundi.

Lors de l’audience, les avocats Jean-Pierre Mignard et Pierre-Emannuel Blard doivent notamment présenter «deux faits nouveaux» de nature à «faire naître un doute» sur la culpabilité des deux hommes, seul moyen de faire annuler leur condamnation.

Le premier n’est autre que le témoignage d’un autre chasseur arrêté en même temps que Mis et Thiennot et qui relate les sévices dont les hommes ont été victimes durant les interrogatoires. Il faut dire qu’à leur arrivée en prison, les gardiens ont découverts deux hommes avec des «dents cassées, des oreilles décollées et même un poumon perforé», selon leur comité de soutien.

Le commissaire était «vichyste»

Plus intéressant encore, les deux avocats doivent présenter, devant la commission de révision, un rapport témoignant de la partialité du commissaire Georges Garaud. Menant l’enquête, c’est lui qui avait arrêté les deux hommes. «Or, dans la France de l’immédiate après-guerre, Garaud était vichyste, explique Helga Pottier. Thiennot étant communiste et Mis, immigré polonais, ils faisaient figure de coupables désignés!»

Depuis 1980, la cour de révision a déjà rejeté cinq requêtes sur cette affaire. «Cette fois-ci, il faut vraiment leur rendre leur honneur, réclame Helga Pottier. Ils étaient innocents et ont porté le poids d’une condamnation inepte sur leurs épaules toute leur vie.»