Maurice Agnelet jugé une troisième fois pour la disparition d'Agnès Le Roux

JUSTICE Trente sept ans après les faits, l'ancien avocat niçois doit une nouvelle fois répondre à partir de ce lundi de l'accusation du «meurtre» de son ex-maîtresse, dont le corps n'a jamais été retrouvé ...

Vincent Vantighem

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Maurice Agnelet lors de son procès en appel en septembre 2007, à Aix-en-Provence.
Maurice Agnelet lors de son procès en appel en septembre 2007, à Aix-en-Provence. — CLAUDE PARIS/AP/SIPA

Sa voiture n’a jamais été retrouvée. Son corps, non plus. Mais Agnès Le Roux continue d’hanter les nuits de Maurice Agnelet. Cet ancien avocat niçois, âgé de 76 ans, retrouve les tribunaux, ce lundi à Rennes (Ille-et-Vilaine) pour répondre une nouvelle fois des accusations de «meurtre» contre son ancienne maîtresse, héritière des casinos niçois mystérieusement disparue en octobre 1977.

La France condamnée par la Cour européenne

Véritable énigme judiciaire, l’affaire Agnelet - Le Roux va donc connaître un nouveau rebondissement. Acquitté en 2006, Maurice Agnelet avait été condamné en appel, un an plus tard, à 20 ans de réclusion criminelle pour ce «meurtre». Son pourvoi en cassation ayant été rejeté, l’homme avait donc commencé à purger sa peine normalement.

Jusqu’à un coup de théâtre en janvier 2013. «A cette date, la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) a condamné la France car elle a estimé que Maurice Agnelet n’avait pas bénéficié d’un procès équitable», rappelle François Saint-Pierre, son avocat. Contraint de remettre en liberté cet homme qui avait toujours clamé son innocence, la France a également dû ordonner la tenue d’un troisième procès qui va donc débuter, ce lundi, à Rennes.

Son avocat demande l’annulation

Comment peut-on accuser quelqu’un d’un meurtre si le cadavre n’a jamais été découvert? Une fois de plus, cette question devrait animer les débats, dès ce lundi, devant la cour d’assises. La CEDH ayant estimé, elle-même, dans sa décision que «le meurtre n’était pas formellement établi».

«La justice s’est acharnée malgré un manque évident de preuves», martèle François Saint-Pierre qui demandera donc, dès l’ouverture, l’annulation de l’acte d’accusation qui a valu à son client de passer en tout cinq ans derrière les barreaux.

«Il a fait disparaître le corps»

Pourtant, les parties civiles en sont sûres. «Nous, on considère qu’il a tué Agnès et fait disparaître le corps, répond Jean-Charles Le Roux, le frère de la victime. Nous souhaitons qu’il s’explique, c’est l’occasion ultime...  Il faut que la vérité jaillisse»

Quelle qu’elle soit, d’ailleurs. «Il n’y a aucun obstacle à la tenue de ce procès, enfonce Hervé Témime, l’avocat des proches d’Agnès Le Roux. Bien sûr, le doute doit profiter à Maurice Agnelet. Mais il doit être jugé et surtout répondre aux questions qui se posent.» Le procès doit durer quatre semaines.

«La guerre des tapis verts»

En toile de fond de la disparition d'Agnès Le Roux, on retrouve la «guerre des tapis verts» qui a agité le monde des casinos de la Côte-d'Azur en 1977. Quatre mois avant de disparaître, Agnès Le Roux avait revendu ses parts du casino familial, alors géré par sa mère, à son plus féroce concurrent. C'est Maurice Agnelet qui avait mis la jeune fille en contact avec ce concurrent. La vente des parts lui avait alors rapporté trois millions de francs versés sur un compte en Suisse ouvert aux deux noms d'Agnès Le Roux et Maurice Agnelet.