[2ème volet] Les escrocs de la fraude à la taxe carbone: Ceux qui sont en cavale

William Molinié

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Martine Malimbaum, l'avocate de Fabrice Sakoun. Capture d'écran Youtube.
Martine Malimbaum, l'avocate de Fabrice Sakoun. Capture d'écran Youtube. — 20 MINUTES

Il n’y a pas un profil type du fraudeur à la taxe carbone. Certains sont d’anciens escrocs reconvertis, d’autres se sont fait la main en solitaire, depuis un cybercafé. Des grossistes du quartier du textile parisien jusqu’aux membres de mafias d’Europe centrale, la «carbone connexion» tisse son réseau jusqu’en Israël, Dubaï, voire même Hong Kong. Avec parfois des alliances détonantes et inédites… 

Cette escroquerie qui consistait à acheter des quotas de CO2 hors taxe dans un pays de l'Union européenne, puis de les revendre en France à un prix incluant la TVA, sans jamais reverser celle-ci à l'Etat, a permis de détourner près de deux milliards d’euros en France en 2008 et 2009. Au niveau européen, on parle de montants pouvant s’élever jusqu’à cinq milliards. Un pactole colossal, amassé en un temps record, que la justice peine à récupérer.

Alors que s’ouvre en appel, ce jeudi, le procès du dossier Nathanaël, 20 Minutes dresse le portrait de quelques acteurs de cette vaste fraude…

Ce deuxième volet s’intéresse à ceux qui sont en fuite.

> Lire le premier volet, ceux qui ont été arrêtés…
> Lire le troisième volet, ceux qui sont morts…

Fabrice Sakoun, principal condamné du dossier Nathanaël

Au cours de son procès en première instance, le premier en France concernant la fraude aux quotas de CO2, Fabrice Sakoun était venu répondre de ses actes devant la onzième chambre du tribunal correctionnel de Paris. Avant de se dérober entre la fin des audiences et la lecture du délibéré. L’escroc a flairé la lourde peine que les juges allaient prononcer à son encontre:  cinq ans de prison ferme et un millions d’euro d’amende.

  Martine Malimbaum, avocate de Fabrice Sakoun. Capture d'écran Youtube.

Réfugié selon des proches du dossier en Israël, la grande question reste celle de son retour ce jeudi devant la cour d’appel de Paris, alors que son deuxième procès doit s’ouvrir. Sera-t-il présent à l’audience? Son avocate, contactée par 20 Minutes, se «refuse à tout commentaire». Cet ancien grossiste du quartier du Sentier à Paris s’est vu confisquer son Aston Martin ainsi que son bateau. C’est lui, qui avait lâché devant les enquêteurs et les juges la désormais célèbre formule: «le CO2, c’était la Lady Gaga dans les affaires».

Yannick Dacheville, l’escroc millionnaire introuvable

C’est par lui que l’affaire Neyret a éclaté, quand après avoir fait fortune dans des escroqueries à la TVA, dont le carrousel portant sur le carbone, il s’est investi dans le trafic international de cocaïne. En novembre 2010, 110 kg de coke sont découverts dans l’appartement d’une princesse saoudienne à Neuilly-sur-Seine (Hauts-de-Seine).  Les policiers de la brigade de stupéfiants de Paris, qui l’ont mis sur écoute, le soupçonnent d’être le commanditaire de la drogue. Ils s’aperçoivent aussi qu’il entretient une relation incestueuse avec le numéro deux de la PJ de Lyon, Michel Neyret, lequel l’informe de son mandat d’arrêt international contre des cadeaux.

Yannick Dacheville, dit «Le Gros», est un proche de Stéphane Alzraa (lire ici) qui utilise certains de ses biens de luxe. Arrêté à Dubaï, il parvient à obtenir sa libération de prison et, selon nos informations, envoie un SMS à son ex-femme, Célia G., directrice-adjointe d’un hôtel de luxe, afin de la rassurer. Depuis, il est introuvable et voyagerait entre le Panama, Dubaï et les Etats-Unis où il dispose de nombreux biens immobiliers. Aux dernières nouvelles, il aurait par ailleurs remonté une affaire de location de voitures de luxe à Dubaï.

 Extrait d'un rapport de police. W. M./20 Minutes

Michel Keslassy, «réfugié» en Israël, doit 65,5 millions d’euros à l’Etat

Condamné en juin 2013 à trois ans et demi de prison et 65,5 millions d’euros de dommages et intérêts pour une affaire d’escroquerie à la TVA sur le marché du carbone, Michel Keslassy, 50 ans, s’est volatilisé à la fin de l’année 2013. En novembre dernier, la cour d’appel de Paris avait décidé de le placer sous bracelet électronique, pour des raisons de santé. Mais «au bout de quelques jours», le dispositif a «cessé de fonctionner». Un mandat d’arrêt a été délivré à son encontre.

Sa ligne de défense depuis le début de l’affaire a été de se présenter comme un homme de paille. Selon lui, il aurait été abusé par Samy Souied (lire ici), un des principaux instigateurs de la fraude, assassiné en 2010, Porte Maillot. Son procès en appel a eu lieu mi-février, en son absence. Selon des sources contactées par 20 Minutes, il est actuellement en Israël. «Il se dit menacé», rapporte un proche du dossier. A plusieurs reprises, depuis Israël, il a écrit aux juges et s'est fait connaître au consulat. «D'autres individus, du même degré d'implication, n'ont jamais été interpellés, ni inquiétés dans cette procédure. C'est très regrettable», commente son avocat, Philippe Ohayon. Michel Keslassy est dans l'attente de son jugement.